Chapitre 1 L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale (Term S) (2017)

Rappel méthode d’une introduction : amorce (partir d’une définition, d’une citation, d’un fait/exemple) + donner le sens du sujet + définir les mots clés du sujet + indiquer les bornes chronologiques + contextualisation du sujet + Problématique + plan.

Introduction :

(Amorce : choix de rappel d’un fait) Le film « Nuit et Brouillard » est censuré en 1956 parce qu’on voit sur un plan fixe un gendarme français gardant le camp d’internement de Pithiviers, preuve de la collaboration des autorités françaises avec le régime nazi. Un autre document, la couverture du livre de l’historien américain Robert Paxton qui démontre la collaboration à l’aide des archives allemandes qu’il a pu consulter (car les archives françaises étaient interdites au public). Ces deux documents pris en exemple montrent l’importance de ce sujet.

(Donner rapidement le sens du sujet) Le sujet nous invite à étudier l’évolution des mémoires.

(Définition des mots clés du sujet) Ce terme est issu du latin memoria, « aptitude à se souvenir, ensemble des souvenirs », au pluriel memoriae, « recueil de souvenirs, monuments commémoratifs ». Le pluriel souligne le fait qu’il existe plusieurs champs mentaux de souvenirs concernant la Seconde Guerre mondiale, ce qui constitue un bon exemple de thème conflictuel conduisant à l’affrontement de mémoires contraires ou refoulées. La mémoire est sélective, tend à construire des mythes ou légendes qui s’éloignent de la vérité historique. La mémoire présuppose l’oubli. L’histoire, au contraire, se définit par la mise à distance, la reconstruction problématisée du passé. D’où l’importance du travail de l’historien, dans un pays dont le rôle fut ambigu durant la Seconde Guerre mondiale (passif, collaborateur, résistant ?).

(Monter 2 photos du livre p.54 mémoire réconciliée devenue une mémoire officielle et une mémoire conflictuelle, blessée)

Pb : Quel a été le rôle des historiens dans la transmission de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, face à des mémoires conflictuelles ?

Pour y répondre, nous utiliserons un plan chronologique, dont les césures sont la fin des années 1960 et la fin des années 1980, périodes de rupture dans l’évolution des mémoires conflictuelles de la Seconde Guerre mondiale.

Distribuer chronologie : les historiens et les mémoires de la S G mondiale

1945 : procès du maréchal Pétain.

1951 : première loi d’amnistie.

1954 : Robert Aron, Histoire de Vichy.

1961 : procès Eichmann.

1964 : transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon.

1969-1971 : Marcel Ophuls, Le Chagrin et la Pitié.

1973 : Robert Paxton, La France de Vichy.

1985 : Claude Lanzmann, Shoah.

1987 : procès de Klaus Barbie.

1990 : loi Gayssot contre le négationnisme.

1992 : commémoration officielle de la rafle du Vel d’Hiv.

1995 : Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’Etat français (16/07/1995).

1997-1998 : procès Papon.

2007 : hommage aux « Justes de France ».

2008 : journée nationale en hommage à Guy Môquet.

I – L’HISTORIEN FACE AU MYTHE DE LA FRANCE RESISTANTE, 1945 A LA FIN DES ANNEES 1960.

Comment s’est opérée la mise en place d’une mémoire officielle occultant la vérité historique ?

1 – La naissance du résistancialisme (H. Rousso) :

Paris libérééLe nationalisme domine les esprits dans l’après-guerre : le 26 août 1944 le général de Gaulle remontait les Champs Elysées pour le défilé de la victoire. La veille, il avait prononcé le discours de l’hôtel de Ville qui met en place le mythe résistancialiste (mythe qui vise à minimiser les actes de collaboration et à faire des Français un peuple unanimement résistant (Henry Rousso) (voir vidéo 1). Il faut montrer que les Français étaient unis derrière le général contre l’ennemi allemand. Les Résistants deviennent des héros représentatifs de toute une nation (alors qu’ils étaient peu nombreux et persécutés par la Milice).

Le résistancialisme forge une mémoire partiale, qui empêche dans un premier temps de faire le bilan du régime de Vichy. Cela s’explique par le contexte de la libération (enthousiasme d’une nation rajeunie et qui se reconstruit), par les difficultés de cette reconstruction (la République renaît : Vichy est considéré comme une parenthèse, la République n’assume pas l’héritage de Pétain), qui contribuent à la naissance d’une mémoire collective sélective. Le cinéaste René Clément fait l’apologie de la Résistance en présentant les cheminots résistants comme des héros (la Bataille du rail, 1946) et en choisissant un « père tranquille » comme héros méconnu (le Père tranquille, 1946).

Le collaborateur Maurice Papon (secrétaire du préfet de Bordeaux sous Vichy) parvient à faire oublier ses crimes (génocide des enfants : convois d’enfants juifs pas demandés par les nazis) et obtient la médaille de la Résistance (il reçoit De Gaulle à l’hôtel de ville en 1945).

Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale sont au nombre de deux, et rivalisent dans le cadre d’une même vision du passé, marqué par le nationalisme : mémoire communiste et mémoire gaulliste. Le PCF, qui a organisé les premiers maquis armés contre l’occupant et qui a été la cible principale des nazis et des collaborateurs devient le « parti des 70.000 fusillés » (chiffres excessif même si le nombre de communistes fusillés est élevé, environ 45.000 personnes) et l’incarnation de cette fierté nationale (les Français se sont libérés eux-mêmes) qui sous-évalue le rôle des Alliés anglo-saxons et russes. Cela conduit à minimiser aussi le rôle de la Résistance extérieure organisée depuis Londres par le général de Gaulle, ainsi que la présence de réseaux et de maquis non communistes.

Doc : affiche du PCF, 1945. Q : En quoi ce doc est-il représentatif de la construction des mémoires sur la S G mondiale ?

L’Affiche est représentative du résistancialisme et de la concurrence mémorielle entre gaullisme et communisme qui veulent accaparer la mémoire de la résistance. Affiche 2 parties : 1ère partie une évocation du passé douloureux, quels signes ? Le texte (les légendes), les croix, parti martyr et une 2ème partie une évocation de l’avenir avec une carte de France et une mère et son enfant, un avenir radieux grâce au sacrifice des communistes.

Le retour du général De Gaulle au pouvoir le 1er juin 1958 a renforcé ce mythe résistancialiste savamment entretenu par le chef de l’Etat (le général se présente souvent en uniforme pour rappeler la Libération, il faut édifier en 1960 le Mémorial de la France combattante au Mont Valérien sur les lieux mêmes où 4.000 Résistants furent exécutés par les Nazis). L’apogée du résistancialisme date du 19 décembre 1964 avec le discours d’André Malraux, ministre de la culture, lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon : l’homme qui a unifié les mouvements de la Résistance intérieure y est présenté comme un héros représentatif de la France éternelle (création du concours national de la Résistance). Le cinéaste René Clément met en scène les héros de la libération de Paris (Paris brûle-t-il ?, 1966), tandis que Jean-Pierre Melville fait l’apologie du courage et de l’abnégation des résistants (L’Armée des Ombres, 1969).

2 – L’occultation des autres mémoires :

Le procès du maréchal Pétain (1945) s’achève par une condamnation à mort commuée en détention perpétuelle (tandis que Pierre Laval est exécuté le 15 octobre suivant. L’heure est à l’oubli et au pardon : deux lois d’amnistie sont votées en 1951 et 1953 (à effacer les peines des personnes condamnées pour faits de collaboration ou de crimes de guerre).

La loi du 19 février 1953 a été votée juste après le verdict d’Ouradour sur Glane (Limousin), après le procès qui venait de condamner une division SS qui le 10 juin 1944 avait assassiné la population du village, 642 civils, ont pu bénéficier de cette loi d’amnistie car plusieurs des auteurs de ce crime étaient des Alsaciens et Mosellans membres de l’association des « Malgré-Nous » enrôlés de force dans l’armée allemande au moment de l’annexion de 1940. Ils ont fait valoir qu’ils étaient obligés, argument habituel « on a obéi aux ordres ». Le gouvernement Laniel a eu peur de mécontenter les alsaciens car l’Alsace devenue allemande fut à nouveau rattachée à la France ap 45 et crainte que les Alsaciens y renoncent). Les Français préfèrent oublier un crime odieux, plutôt que de mécontenter les habitants d’une province rattachée en 1944. L’historien Robert Aron publie en 1954 une Histoire de Vichy (voir dossier) justifie la collaboration en évoquant un « double jeu » du maréchal Pétain, adoucissant les conditions de l’occupation. Se forge alors le mythe du glaive et du bouclier, le maréchal Pétain ayant joué le rôle du bouclier protecteur auprès des populations civiles, tandis que le général de Gaulle maniait le glaive destructeur du nazisme ! La mémoire de la collaboration est donc occultée.

La mémoire de la déportation est également occultée. Une affiche du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés datant de 1945 montre que le déporté au centre, le prisonnier de guerre, à droite, et le travailleur du STO (service du travail obligatoire) à gauche sont unis dans la souffrance comme dans la joie de la libération. Cet amalgame est un mensonge. Les survivants de la Seconde Guerre mondiale sont meurtris : 40.000 déportés reviennent des camps de la mort (souvent des orphelins ayant perdu toute leur famille) dont 2.500 juifs seulement sur 76.000 personnes arrêtées, presque 1M de prisonniers libérés (soldats de 1940 enfermés dans les stalags et oflags), 70.000 travailleurs déracinés (ceux du STO à partir de février 1943). Mais on ne fait pas de distinction entre eux, les déportés étant assimilés à de simples prisonniers (comme sur l’affiche).

Simone Veil, niçoise de religion juive (études au lycée Calmette) fut déportée durant la Seconde Guerre mondiale (quai n°1 de la gare de Nice) et perdit sa famille dans les camps. Elle montre dans son autobiographie, publiée seulement en 2007, qu’il était impossible de témoigner au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Elle y évoque aussi la souffrance qu’engendre cette mémoire refoulée qui se heurte à l’horreur vécue (qui n’est pas assumée) et à l’indifférence des contemporains. Les survivants des camps, rassemblés dans un premier temps à l’hôtel Lutetia à Paris, furent souvent rejetés par leur famille ou leurs proches, lorsqu’ils avaient la chance de retrouver des personnes connues.

nuit_et_brouillard2-dcac4Le film Nuit et Brouillard (Alain Resnais) réalisé en 1956 est le premier film la collaboration active de Français en faisant la distinction entre camps de concentration et camps d’extermination.

pithiviers_sans_kepi2-070aeC’est aussi le premier film évoquant la collaboration active de Français (une scène fut censurée : image fixe du camp de Pithiviers avec un gendarme français au premier plan). Il faut attendre la fin des années 1960, avec l’arrivée à l’âge adulte de la génération du baby-boom (qui n’a pas connu la guerre et qui se pose des questions à ce sujet), une génération contestataire qui s’oppose au général de Gaulle (qui démissionne en 1969), pour remettre en cause le mythe de la France unanimement résistante. Le film de Marcel Ophuls, Le Chagrin et la Pitié, réalisé au printemps 1969 en Auvergne démontre à l’aide de témoignages que les résistants étaient peu nombreux et que de nombreuses personnes ont collaboré avec les nazis. Mais ce film documentaire est interdit à la télévision, à la demande de Simone Veil, et il sort sur les écrans et il sort sur les écrans en 1971 et à la télévision en 1981 !

II – L’HISTORIEN CONFRONTE AU REVEIL DES MEMOIRES, DE LA FIN DES ANNEES 1960 A LA FIN DES ANNEES 1980 : 1 heure

Pb : Comment se sont réveillées les mémoires occultées par le mythe de la France résistante ?

1 – La remise en cause du mythe résistancialiste :

S’effectue dans le contexte de la construction européenne, basée sur l’existence et le renforcement d’un couple franco-allemand né en 1962 (de Gaulle et Adenauer), qui est favorable à l’oubli de la mémoire résistante au nom de la réconciliation franco-allemande.

C’est surtout dans les années 1970 que le mythe de la Résistance est ébranlé après le départ du général De Gaulle en 1969. Son successeur, Georges Pompidou, appelle à la réconciliation nationale (en 1972 il gracie Paul Touvier, chef de la Milice de Lyon). Le souvenir du 8 mai 1945, date de la capitulation allemande, devient un obstacle aux yeux des dirigeants français. Férié jusqu’en 1959, le 8 mai n’est plus commémoré de 1975 à 1981, à l’initiative du président Giscard d’Estaing lui-même né en Allemagne. Son successeur, le président Mitterrand, rétablit le 8 mai comme jour férié et commémoré et dépose une fleur sur la tombe de Jean Moulin, mais il est un ancien membre du gouvernement de Vichy (décoré de la francisque), resté fidèle à ses amis collaborateurs comme René Bousquet (secrétaire général de la police de Paris, assassiné en 1993). Tout cela crée un malaise qui rend difficile le travail de l’historien à la recherche de la vérité historique.

2 – L’Historien et le « travail de mémoire » :

thése de PaxtonLe travail décisif est venu d’un historien américain présenté en introduction de ce sujet, Robert Paxton, auteur de l’ouvrage La France de Vichy, publié en 1973 après de longues années de recherche dans les archives allemandes (les archives françaises n’étant pas ouvertes au public dans les années 1960). Cet historien démontre que la collaboration a été voulue par Vichy et qu’une véritable continuité de l’Etat est constatée dans l’administration après 1945.

Parallèlement, les interrogations de la génération du baby-boom permettent une prise de conscience de l’ampleur et des conditions du génocide nazi, chose jusqu’alors interdite par le silence des survivants. La projection du téléfilm américain « Holocauste » bouleverse l’opinion publique française, qui découvre la réalité des camps et l’extermination, sous ses différentes formes (1978/1979). En 1985 le cinéaste Claude Lanzmann réalise un film documentaire, Shoah (la catastrophe en hébreu), qui décrit l’horreur de l’extermination nazie à travers des témoignages recueillis à travers l’Europe. L’avocat et historien Serge Klarsfeld entreprend un travail de recherche des anciens tortionnaires nazis cachés pour la plupart en Amérique latine. Rattrapés par leur passé, ces criminels doivent répondre devant la justice lors de procès très médiatisés. Le premier fut le procès Eichmann (1961) en Israël (de nombreuses victimes françaises témoignent=

Voir VID 2 (Ce passage pour expliquer la confrontation de l’accusé présent face à avec ses victimes à l’inverse du procès de Nuremberg où seuls les témoins étaient interrogés et sans contact avec les accusés. Procès moderne. Interrogation d’un survivant un juif hongrois confronté à Eichmann qui nie son identité et nie avoir organisé les massacres et la déportation de la plupart des juifs hongrois depuis Budapest. Le témoin le reconnait formellement et Eichmann finit par craquer et il justifie ses actes .

Mais il y a surtout en 1987 le procès Klaus Barbie (gauleiter de Lyon, responsable du génocide mais aussi de la torture et l’exécution de résistants dont Jean Moulin, et qui fut arrêté en Bolivie (journaliste Wladislas de Hoyos) où il s’était réfugié. Ce procès fut enregistré pour servir de matériau aux historiens dans un souci de vérité historique. L’historien Henry Rousso fut invité à témoigner en tant qu’expert, ce qu’il refusa car selon lui l’historien ne peut être confondu avec le juge.

Cependant, cela conduit une partie de l’opinion publique, choquée par la mise en cause de hauts fonctionnaires comme Touvier ou Papon (préfet puis directeur de groupe industriel sous le général De Gaulle), à nier la réalité du génocide. Le contexte est alors favorable au développement du négationnisme, c’est-à-dire la négation de l’existence des chambres à gaz, et de l’ampleur du génocide. Un professeur de l’université de Lyon (R. Faurisson) a enseigné les thèses négationnistes avant d’être révoqué tardivement en 2005. A partir des années 1980, de nombreux français se disent ouvertement racistes, et un politicien d’extrême droite rassemble les suffrages en 1986 avec des arguments pétainistes (Le Pen). L’Etat républicain se devait de prendre une position claire. La loi Gayssot de 1990 (ministre communiste) condamne l’apologie des crimes contre l’Humanité.

III – LE TRAVAIL DE L’HISTORIEN FACE A LA DIVERSIFICATION DES MEMOIRES, DE LA FIN DES ANNEES 1980 A NOS JOUR:

1 – Vers un « devoir de mémoire » (Primo Levi) :

Les travaux de Serge Klarsfeld (avocat des victimes) ont permis de faire progresser la connaissance du génocide et d’ouvrir de nouvelles archives. Les familles de victimes ont pu ainsi s’organiser pour demander justice. C’est ainsi qu’ont lieu les procès tant attendus des collaborateurs français : Paul Touvier (chef de la Milice de Lyon, enfin condamné en 1994) et Maurice Papon (secrétaire général du préfet de Bordeaux, devenu après la guerre préfet de police de Paris puis dirigeant d’une entreprise industrielle, jugé en 1998 et condamné en 1999 après avoir avoué reconnu des « crimes de bureau »). Voir VID 3.

Mais il n’y eut pas de procès Bousquet (assassiné en 1993). Les familles de victimes purent aussi entretenir la mémoire de leurs proches disparus, par exemple à travers les cérémonies qui honorent les Justes de France (2007 au Panthéon), personnes ayant mis leur vie en danger pour sauver des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. A Nice, une association, l’AMEJDAM, dirigée par M. Daniel Wancier, a permis de prendre conscience du grand nombre d’enfants juifs cachés par des familles résistantes (60.000 sur 72.000 en France).

2 – Des mémoires devenues un enjeu politique :

Les procès de collaborateurs français posaient le problème de la responsabilité de l’Etat français, rejetée par tous les chefs d’Etats jusqu’en 1995. Le discours de Jacques Chirac, qui venait d’être élu Président de la République, au Vel d’Hiv le 16 juillet 1995 constitue une rupture majeure et décisive (l’Etat reconnaît sa responsabilité dans la spoliation des biens des victimes). La rafle du Vel d’Hiv, organisée par la police française en collaboration avec l’occupant nazi, est commémorée depuis 1992 seulement.

Cette reconnaissance permet de réhabiliter partiellement les personnes porteuses d’autres mémoires dans un débat qui perd son caractère passionnel. Ainsi, les personnes, surtout des femmes, victimes de l’épuration sauvage qui a suivi la fin de la guerre, ou les Malgré-nous qui n’étaient pas tous des SS. Le travail des historiens a permis de dépassionner le débat pour aboutir à une acceptation de ce qui fut la réalité d’un pays ayant perdu son honneur et son unité. Cependant, la tentation reste grande d’instrumentaliser telle ou telle partie de l’opinion publique pour des vues électoralistes. Ainsi, la lecture obligatoire dans toutes les écoles françaises de la lettre du jeune résistant Guy Môquet en 2008 a été un échec en raison de son caractère autoritaire et arbitraire, de même qu’a été rejeté le projet du président Sarkozy de faire parrainer un enfant juif victime du nazisme par un écolier d’aujourd’hui afin d’entretenir sa mémoire.

Ainsi, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale a beaucoup évolué en 67 ans, soit deux générations. Après l’occultation au profit du mythe d’une France résistante, les travaux des historiens et la curiosité d’une génération nouvelle ont permis le réveil des mémoires refoulées, jusqu’à la reconnaissance et l’acceptation lors du discours de 1995. Pourtant, il existe encore des personnes pour contester les faits au nom de « l’honneur national » : ainsi JM Le Pen, qui avait contesté le génocide « détail de l’Histoire » selon lui, a récidivé en 2008 dans la revue Bretons. Le travail de mémoire n’est pas encore achevé.

Conclusion : Nous remarquons qu’avec les procès des collaborateurs, l’historien est appelé à devenir un juge ce qui n’est pas son rôle (ex : Robert Paxton lors du procès Papon) mais avec les lois mémorielles (ex. la loi Gayssot en 1990) le juge est appelé à devenir historien, ce qui n’est pas non plus son rôle, cela fait une confusion des genres.

Le travail de mémoire n’est pas encore achevé et toutes les initiatives sont à prendre dans ce domaine. Par ex. l’entrée au Panthéon de quatre résistants le 27 mai 2015, Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion, Jean Zay, Pierre Brossolette, à l’initiative du président de la République François Hollande.