Leçon Géographie Terminale S: Le continent américain, entre tensions et intégrations régionales (version 2017)

LE CONTINENT AMERICAIN : ENTRE TENSIONS ET INTEGRATIONS REGIONALES :

Introduction : L’Amérique, continent de 40 M km², peuplé de presque 1 Md h (990 M h en 2015), est une zone de contact entre des espaces différents par leur culture, leur niveau de développement économique et leurs organisations régionales. Ces espaces entretiennent des relations anciennes et diverses depuis le XVIe siècle (première mondialisation).

La conscience d’appartenir à un nouveau monde est venue de la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis (1776 à 1783), de la révolte d’Haïti (1791), des révolutions en Amérique latine menées par Simon Bolivar. Par l’affirmation de la doctrine Monroe (1823), les Etats-Unis ont souhaité marquer leur défiance vis-à-vis de l’Europe et leur volonté de domination sur le continent, dont les Etats ont été réunis dans le cadre de l’OEA (Organisation des Etats américains, 1948). Mais la révolution cubaine de 1959, l’opposition du Brésil et du Venezuela à la domination nord-américaine remettent en cause l’idée d’unité continentale.

PB: Le continent américain est-il dominé par les tensions ou par le désir d’intégration régionale ?

I – LES DISPARITES DU CONTINENT : UN CONTINENT INEGALITAIRE ET INTERDEPENDANT:

1 – De fortes disparités socio-économiques :

            Nous pouvons distinguer un Nord très développé, comprenant les Etats-Unis et le Canada, avec un IDH < 0,9, et un Sud caractérisé par une pauvreté très inégale suivant les Etats et généralement en régression, avec un IDH variant de 0,81 (Argentine) à 0,47 (Haïti) selon le PNUD (2014). Le coefficient de Gini, indicateur de dispersion des revenus, gradué de 0 à 100, est souvent supérieur à 50, au Brésil (53), au Chili (51), en Colombie (54), et il est élevé sur l’ensemble du continent comme aux Etats-Unis (41), selon la Banque mondiale (2015).

Ces profonds écarts entre Nord et Sud entrainent des migrations du bassin caraïbe et du Mexique vers les Etats-Unis (voyez la frontière fermée par un mur à Nogales). Les diasporas latino-américaines pratiquent des transferts de fonds vers leurs pays d’origine, ce sont les remesas qui peuvent représenter jusqu’à 15% du PIB de pays comme le Salvador ou la Jamaïque. L’importante immigration illégale est à l’origine des politiques de fermeture de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique (double mur surveillé par des vigiles armés) conduisant à la sanctuarisation du territoire des Etats-Unis.

Les pays de l’Amérique latine ont souffert de plusieurs handicaps : la dépopulation consécutive au déclin des populations amérindiennes, l’exploitation des richesses minières ou agricoles par les puissances coloniales, surtout la mise en place des latifundia qui ont freiné la modernisation agricole, la mise en place de dictatures au service des entreprises étrangères, essentiellement celles des Etats-Unis (« républiques bananières »).

2 – Une hégémonie nord-américaine persistante :

L’Amérique du Nord reste dominante sur le continent, accaparant les flux d’immigrants par le Brain Drain, rayonnant par les IDE, par la puissance des FTN, par la présence de modèles culturels largement diffusés en Amérique latine. Par l’affirmation de la doctrine Monroe (1823), les Etats-Unis ont souhaité marquer leur défiance vis-à-vis de l’Europe et leur volonté de domination sur le continent, dont les Etats ont été réunis dans le cadre de l’OEA (Organisation des Etats américains, 1948). L’expérience cubaine, la guérilla menée par Che Guevara n’ont pas réussi à libérer le sous-continent de l’emprise nord-américaine. Cependant, l’avènement de la démocratie depuis les années 1980 a conduit au développement économique sur des bases nouvelles, permettant l’apparition de pays émergents comme le Brésil. Cependant, les disparités économiques restent fortes (Haïti est un PMA), et la dépendance à l’égard des Etats-Unis également.

La présence des Etats-Unis est aujourd’hui caractérisée par un interventionnisme diffus marqué par la dollarisation des économies (adoption du dollar US comme monnaie nationale), le soutien apporté aux opposants politiques dans les pays jugés hostiles (Venezuela), le financement des opérations de lutte contre les trafiquants de drogue. Mais à l’échelle du continent s’observe un gradient décroissant de dépendance à l’égard des Etats-Unis (les pays les plus dépendants sont les plus proches, les plus libres sont les plus éloignés).

3 – Deux espaces culturels : une opposition à nuancer.

L’Amérique latine, de langue hispanique ou lusophone, de culture catholique dominante, aux populations fortement métissées, marquées par l’héritage culturel amérindien (le président bolivien est un amérindien), par l’apport des populations afro-américaines (héritage de la Traite des esclaves depuis 1500), par la culture créole des Caraïbes, est dons un espace d’une grande richesse culturelle au passé douloureux mais qui est en mutation (progression des cultes protestants).

L’Amérique du Nord, de langue anglaise ou francophone, où l’apport de la culture protestante est plus important, a constitué l’espace dominant du continent du fait de l’immigration massive venue d’Europe au XIXe siècle et surtout en raison de l’industrialisation précoce du Nord-Est de l’Amérique du Nord. Cependant, cet espace est de plus en plus influencé par l’héritage aujourd’hui revendiqué des cultures amérindiennes et afro-américaines, et par l’apport des populations intégrées au cours du XXe siècle (latino-américaines ou asiatiques).

II-  LES TENTATIVES D’INTEGRATION DANS LES AMERIQUES :

1 – L’ALENA, l’intégration nord-américaine:

L’Amérique du Nord est une aire de puissance de plus de 480Mh constituée des trois Etats membres de l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain, zone de libre-échange comprenant les Etats-Unis, le Mexique et le Canada). Mise en place en 1994, cette association organise la libre circulation des marchandises et des capitaux entre les pays membres, mais pas la libre circulation des personnes. Depuis sa mise en place, l’ALENA a facilité les échanges, mais essentiellement au profit des Etats-Unis qui accaparent les flux commerciaux et financiers (80% des exportations et 50% des importations du Canada et du Mexique). Les maquiladoras, en territoire mexicain, résultent de cette politique, mais subissent la concurrence des pays-ateliers d’Asie orientale. L’ALENA n’a pas mis fin aux flux de migrants clandestins venus du Mexique aux Etats-Unis.

Par contre l’Amérique centrale et les Caraïbes restent dominées par les Etats-Unis malgré la présence de deux organisations régionales, le MCCA (Marché commun centre-américain, zone de libre-échange née en 1960 au traité de Managua, comprend Costa-Rica Salvador Guatemala Honduras Nicaragua) et le CARICOM (Marché commun de la Communauté des Caraïbes, né 1973 réunit Antilles et Guyanes mais pas libre-échange par contre passeport commun 14 Etats).

2 -La montée en puissance de l’Amérique du Sud. : Le MERCOSUR

Les pays sud-américains ont créé une organisation destinée à faire contrepoids à la puissance nord-américaine : c’est le Mercosur. Cette organisation a été fondée en 1991 par le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, et constitue à la fois une zone de libre-échange et une union douanière. Mais le Brésil est le principal bénéficiaire de cette organisation, qui vient d’intégrer le Venezuela (union douanière 2012) et a temporairement exclu le Paraguay victime d’un coup d’Etat. Cependant, le Mercosur est à la base d’un rapprochement de tous les pays d’Amérique du Sud : en 2004 est née la Communauté sud-américaine des nations par un rapprochement du Mercosur avec la CAN (Communauté andine des nations née 1969 par l’accord de Carthagène comprend Bolivie Colombie Pérou Equateur), et l’ensemble a formé l’Unasur (Union des nations sud-américaines) en 2008 (réunit tous les pays d’Amérique du Sud) dans le but d’imiter l’UE pour « construire une identité et une citoyenneté sud-américaine et développer un espace régional intégré » comprenant 12 Etats et 400Mh, avec un Parlement à Cochabamba (Bolivie), une Banque centrale, un Président (celui de l’Uruguay) et un secrétariat (à Quito, Equateur).

III  –  DES TENSIONS GEOECONOMIQUES ET GEOPOLITIQUES CROISSANTES:

1 – Les dynamiques territoriales, sources de tensions:

Le continent américain possède un fort taux d’urbanisation (80%), conséquence d’une métropolisation très précoce et croissante. Les plus puissantes métropoles appartiennent au Nord mais des métropoles mondiales émergentes sont dans le Sud (Mexico, Sao Paulo, autour de 20Mh). La croissance rapide entraine une macrocéphalie urbaine dans le Sud et la formation de mégalopoles dans le Nord (Megalopolis, Main Street, Californie), et en formation dans le Sud (Brésil). Le dynamisme économique est souvent dépendant de la présence d’interfaces transfrontalières telles que la mégalopole des Grands Lacs, la Mexamérique et ses twin-cities (villes jumelles). La métropolisation est source de déséquilibres dans le Sud parce que les flux de migrants sont mal maîtrisés et l’urbanisation mal gérée. Les inégalités sociales engendrent des tensions liées à la ségrégation socio-spatiale, particulièrement dans le Sud. Les 20 premières villes mondiales les plus dangereuses sont latino-américaines (ex. Caracas a eu 3164 tués en 2010).

2 – Les enjeux géopolitiques:

Les conflits frontaliers entre Etats sont aujourd’hui dépassés par l’opposition entre les régimes favorables ou hostiles à la présence nord-américaine en Amérique latine. Cuba n’est plus isolée aujourd’hui, car les pays émergents de l’Amérique latine ont des politiques proches et les relations diplomatiques ont été rétablies avec les Etats-Unis. Le projet nord-américain de zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) a échoué il y a dix ans, notamment par l’opposition du Venezuela de Hugo Chavez (décédé en 2013). L’intégration régionale est entravée par les régimes politiques instables de plusieurs Etats (Paraguay), et par les fragilités économiques des Etats du Sud (Argentine et Brésil en récession depuis 2015). La persistance d’activités illicites entretient l’insécurité et alimente les mouvements de rébellion (FARC en Colombie). Des espaces en réserve comme l’Amazonie ou le grand nord canadien sont des zones de tensions et d’insécurité par les convoitises que suscitent les réserves encore inexploitées et la présence de minorités revendiquant leurs droits sur des territoires immenses.

Conclusion :

Ainsi, le continent américain reste un espace dominé par les Etats-Unis, mais depuis une trentaine d’années cette domination est contestée par des Etats latino-américains devenus démocratiques et solidaires. Cependant, les inégalités sociales restent très importantes et il n’est pas assuré que les pays du MERCOSUR réussissent à relever ce défi, comme l’ont montré les manifestations autour de la coupe du monde de football en 2014.

A propos pampi06

Professeur histoire géographie en lycée
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