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Le rayonnement culturel des États-Unis : un soft power en dĂ©clin ?

Il y a 23 heures

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CĂ©rĂ©monie de remise des Oscars Ă  Hollywood. La culture et le mode de vie des AmĂ©ricains sont depuis de nombreuses annĂ©es largement diffusĂ©s par le cinĂ©ma et les sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es amĂ©ricains, devenus une rĂ©fĂ©rence pour l’essentiel de la population mondiale et qui exercent sur son imaginaire une influence prĂ©dominante. (© Tinseltown/Shutterstock)

MalgrĂ© un recul de la part qu’occupent les États-Unis dans la culture et les mĂ©dias Ă  travers le monde – vecteurs par excellence du soft power â€“, aucun autre pays ne domine autant les mĂ©dias, qu’ils soient consacrĂ©s au divertissement ou Ă  l’information, que les États-Unis.

Le rayonnement culturel des États-Unis Ă  travers le monde a atteint son apogĂ©e après la Deuxième Guerre mondiale, alors que le Plan Marshall constituait un outil de soft power extraordinaire et Ă  ce titre, permettait la diffusion Ă  grande Ă©chelle de la culture et des valeurs amĂ©ricaines (voir encadrĂ©). Bien que la notion du dĂ©clin des États-Unis dans les affaires mondiales soit prĂ©sente depuis plusieurs dĂ©cennies – en particulier depuis la parution de l’ouvrage de Paul Kennedy, The Rise and Fall of Great Powers, en 1987 â€“, ce sont des Ă©vĂ©nements comme la guerre en Irak de 2003, la crise Ă©conomique de 2008 et la campagne prĂ©sidentielle de 2016 qui ont mis Ă  mal l’image et le prestige des États-Unis depuis quelques annĂ©es et ont fait annoncer Ă  certains observateurs la fin du soft power amĂ©ricain. En rĂ©alitĂ©, il ne s’agit que d’un recul tout relatif.

Une forte prĂ©Ă©minence des États-Unis dans les mĂ©dias 

Alors qu’il y avait plus d’une cinquantaine d’entreprises mĂ©diatiques dans le monde dans les annĂ©es 1970, la libĂ©ralisation et la dĂ©règlementation de l’économie mondiale ont permis des vagues massives de fusions, rĂ©duisant ainsi considĂ©rablement le nombre de ces entreprises. Aujourd’hui, dix entreprises mĂ©diatiques, dont huit sont amĂ©ricaines – Bertelsmann est allemande et Baidu est chinoise â€“ se partagent 90 % des mĂ©dias dans le monde.

La prédominance de la culture américaine s’explique en bonne partie par les moyens de diffusion colossaux dont disposent les entreprises médiatiques américaines. Si les médias de divertissement permettent d’imposer des formats et des façons de faire, les médias d’information, pour leur part, font en sorte que le point de vue des États-Unis soit constamment entendu partout sur la planète.

Les médias de divertissement

Les États-Unis ont un quasi-monopole sur les mĂ©dias de divertissement : ils exportent le plus de livres et de films et en tirent le plus de revenus. Selon les donnĂ©es de l’International Publishers Association, les États-Unis sont le troisième pays producteur de livres (après le BrĂ©sil et la Chine) mais font près de trois fois les revenus de leur plus proche concurrent (la Chine). MĂŞme chose pour le cinĂ©ma : les États-Unis sont le troisième pays producteur (après l’Inde et le NigĂ©ria) mais la part de marchĂ© des films amĂ©ricains dans le monde est de loin la plus importante : selon l’UNESCO, parmi les dix films ayant gĂ©nĂ©rĂ© le plus d’entrĂ©es en 2013 dans 59 pays, seuls dix pays n’ont pas une majoritĂ© de films amĂ©ricains dans leur palmarès (Chine, CorĂ©e du Sud, Danemark, ÉrythrĂ©e, Inde, Japon, Maroc, RĂ©publique tchèque, SĂ©nĂ©gal, Turquie). Cela signifie donc une prĂ©sence massive des films d’Hollywood dans des pays aussi variĂ©s que la Russie, le PĂ©rou, le BahreĂŻn, la France, le MontĂ©nĂ©gro et la Nouvelle-ZĂ©lande, pour ne donner que quelques exemples.

Le mĂŞme phĂ©nomène peut ĂŞtre observĂ© dans le domaine de la tĂ©lĂ©vision : parmi les vingt Ă©missions de tĂ©lĂ©vision les plus regardĂ©es de tous les temps Ă  travers le monde, quinze sont amĂ©ricaines. Les magazines distribuĂ©s et vendus dans le monde sont presque tous amĂ©ricains, que ce soit en termes de vente ou de circulation, les dix premières places de ces palmarès Ă©tant toutes occupĂ©es par des entreprises amĂ©ricaines (1). Les Ă©missions de tĂ©lĂ©vision et les magazines, tout comme le cinĂ©ma et la littĂ©rature, mettent en avant l’american way of life de manière gĂ©nĂ©ralement idĂ©alisĂ©e, ce qui contribue très certainement Ă  promouvoir les valeurs amĂ©ricaines.

En ce qui concerne la musique, la domination amĂ©ricaine est diffĂ©rente selon les indicateurs. Par exemple, si l’on regarde la liste des artistes qui ont gĂ©nĂ©rĂ© le plus de revenus dans le monde, toute Ă©poque confondue, seuls trois proviennent des États-Unis (Elvis Presley, Madonna, Michael Jackson), alors que six sont britanniques (Beatles, Pink Floyd, Led Zeppelin, Rolling Stones, Elton John, Queen) et un seul est irlandais (U2). Lorsque l’on compile uniquement la vente d’albums, les AmĂ©ricains font beaucoup mieux et occupent six places sur les dix premières, et si l’on examine la vente des singles, ils occupent alors quinze places parmi les 25 premières (2). Ces proportions sont Ă©galement confirmĂ©es par les tĂ©lĂ©chargements en ligne sur iTunes, que ce soit en termes de singles ou d’albums.

Les médias d’information

La grande pénétration des médias d’information américains partout dans le monde sert de complément à la dominance culturelle des États-Unis puisqu’ils présentent les affaires mondiales selon les valeurs et le point de vue américains, ce qui crée l’illusion d’un consensus universel sur ce que sont les principaux enjeux mondiaux et sur les solutions que l’on peut y apporter.

Mais, si les mĂ©dias de divertissement sont essentiellement amĂ©ricains et britanniques, les mĂ©dias d’information prĂ©sentent, depuis quelques annĂ©es, une plus grande diversitĂ©. Ainsi, alors que CNN a longtemps Ă©tĂ© la seule chaĂ®ne d’information continue, elle partage dĂ©sormais ses parts de marchĂ© avec une dizaine d’autres chaĂ®nes, bien qu’elle soit encore en tĂŞte de liste, avec près de 200 millions de tĂ©lĂ©spectateurs (près du double de NDTV 24Ă—7 India, sa principale rivale). La plupart des pays les plus peuplĂ©s ont maintenant leur propre chaĂ®ne d’information continue, que ce soit le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Inde, la Chine, la Russie ou la France, de mĂŞme que les pays d’un mĂŞme bloc rĂ©gional se partagent souvent la propriĂ©tĂ© d’une chaĂ®ne, comme c’est le cas en AmĂ©rique latine avec Telesur, dans le monde arabe avec Al-Jazeera et Al Arabiya, ou les pays europĂ©ens avec Euronews. La particularitĂ© des chaĂ®nes amĂ©ricaines est surtout leur prĂ©sence dans un grand nombre de pays, ce qui n’est pas le cas des chaĂ®nes non anglophones : mĂŞme si la plupart de ces chaĂ®nes diffusent effectivement une programmation en anglais, leur prĂ©sence en sol anglo-saxon est tout Ă  fait marginale. Par exemple, CNN et Fox News World sont prĂ©sentes dans près de 200 pays, NDTV 24Ă—7 India est accessible dans 72 pays et Al Arabiya l’est seulement dans seize.

C’est la mĂŞme chose qui se produit concernant les journaux. Ce sont des journaux asiatiques qui sont les plus importants en nombre de copies vendues (le Japon, la Chine et l’Inde occupent neuf des dix premières places, l’Allemagne Ă©tant le seul pays non asiatique de la liste), mais elles le sont presqu’exclusivement Ă  la population nationale. Ce sont toutefois les journaux amĂ©ricains – mais aussi britanniques â€“ qui sont distribuĂ©s dans le plus grand nombre de pays. Ce phĂ©nomène est Ă©galement visible lorsqu’on additionne les copies vendues et les consultations en ligne des journaux : les donnĂ©es compilĂ©es annuellement par la World Association of Newspapers and News Publishers indiquent que parmi les dix journaux les plus lus, tous supports confondus, on ne retrouve que trois journaux asiatiques (un chinois, un japonais et un indien), les autres Ă©tant amĂ©ricains et britanniques.

Ces donnĂ©es nous permettent de souligner deux Ă©lĂ©ments importants concernant le rayonnement culturel des États-Unis : d’une part, ce rayonnement est encore très fort et surtout, très variĂ©. D’autre part, il y a eu mutation de la domination amĂ©ricaine dans les mĂ©dias Ă  travers le monde, qui est passĂ©e du monopole des États-Unis jusque dans les annĂ©es 1970 Ă  une domination plus largement anglo-saxonne depuis (voir encadrĂ©). Est-ce Ă  dire que les États-Unis sont en perte d’influence dans le monde ?

L’absence de concurrent sérieux

Les parts de marché des médias américains sont effectivement en baisse depuis quelques années. Cela ne signifie pas pour autant que l’attrait pour les États-Unis diminue, ou même que leur influence soit menacée sur la scène internationale. Le modèle américain, même affaibli par des guerres impopulaires, des scandales financiers et des élections qui semblent être entre les mains des plus riches, est encore bien vivant, comme en témoigne la forte couverture médiatique dont bénéficient les États-Unis à travers le monde. En fait, le vide laissé par la diminution des parts de marché des médias américains n’a pas été comblé par un seul autre acteur mais par plusieurs, ce qui permet aux États-Unis de maintenir leur leadership malgré les critiques, le recul des États-Unis s’expliquant surtout par l’augmentation de la production médiatique nationale dans les pays les plus peuplés.

Une couverture médiatique prépondérante

Le dĂ©clin annoncĂ© de la prĂ©sence mĂ©diatique amĂ©ricaine dans le monde n’est pas corroborĂ© par les chiffres. Plusieurs Ă©tudes confirment que les États-Unis sont encore, et de loin, le pays le plus couvert dans les mĂ©dias internationaux. Depuis 1995, les États-Unis obtiennent en moyenne entre 15,6 % et 18 % de la couverture mĂ©diatique mondiale, alors que la Chine, qui arrive deuxième et dont la prĂ©sence mĂ©diatique Ă  l’international connaĂ®t aussi une lĂ©gère baisse depuis quelques annĂ©es, n’obtient qu’environ 5 % de la couverture mĂ©diatique mondiale – et le plus souvent pour des sujets oĂą elle est directement liĂ©e aux États-Unis (3).

Si cette importante couverture mĂ©diatique s’explique en bonne partie par le contrĂ´le exercĂ© par les États-Unis sur la production et la distribution de l’information internationale (notamment par le biais de l’agence Associated Press), il ne faut pas nĂ©gliger le fait qu’elle met aussi Ă  mal la thĂ©orie de l’affaiblissement du leadership amĂ©ricain puisqu’elle constitue une preuve de la prĂ©pondĂ©rance des enjeux amĂ©ricains pour le reste du monde. En fait, « les États-Unis façonnent les outils avec lesquels le monde pense, crĂ©e, apprend […] Â» (4).

Perception encore positive des États-Unis dans le monde

Outre la mainmise sur les moyens de production et de distribution des mĂ©dias, la forte prĂ©sence des États-Unis dans les mĂ©dias mondiaux s’explique Ă©galement par le caractère majoritairement positif de son leadership, Ă  tout le moins tel qu’il est encore perçu par plusieurs pays dans le monde (Ă  l’exception des pays du Moyen-Orient) : une Ă©tude du Pew Research Center, menĂ©e en 2013 dans près de 40 pays, dĂ©montre que les États-Unis sont perçus positivement par 63 % d’entre eux, alors que la Chine ne l’est que par 50 % de ces pays (5).

En rĂ©alitĂ©, il ne semble y avoir aucun substitut au soft power amĂ©ricain. Alors que la Chine n’a pas encore dĂ©veloppĂ© un soft power efficace et attrayant malgrĂ© l’obtention des Jeux olympiques en 2008, l’expansion de la chaĂ®ne de tĂ©lĂ©vision Chinese Central (par le biais d’une programmation en anglais) et le financement de 450 Instituts Confucius Ă  travers le monde (6), l’Europe peine pour sa part Ă  Ă©tablir sa crĂ©dibilitĂ© dans les grands dossiers internationaux (comme dans le cas de la crise des migrants) et mĂŞme en tant qu’institution reprĂ©sentative, comme l’a illustrĂ© l’affaire du Brexit. Culturellement, la Russie a, pour sa part, peu d’attrait Ă  l’extĂ©rieur de son « Ă©tranger proche Â», c’est-Ă -dire les anciennes rĂ©publiques soviĂ©tiques (Ă  l’exception des pays baltes). Quant aux pays Ă©mergents comme l’Inde et le BrĂ©sil, ils sont confrontĂ©s, Ă  l’instar de la Chine, Ă  des problèmes Ă©conomiques, politiques et sociaux internes qui les obligent Ă  se replier rĂ©gulièrement sur eux-mĂŞmes ou limitent leur dĂ©veloppement culturel, ce qui laisse entendre que « le siècle amĂ©ricain n’est pas encore terminĂ© Â» (7).

Le soft power amĂ©ricain nĂ©anmoins fortement critiquĂ©

Le rayonnement culturel des États-Unis est ainsi bien Ă©tabli et utilise Ă  son avantage les diffĂ©rentes formes et plates-formes qui lui permettent de se dĂ©velopper. Vitrine de la puissance des États-Unis, miroir surtout des valeurs et des idĂ©aux de sa sociĂ©tĂ©, la culture a toujours Ă©tĂ© le moteur propulsant le soft poweramĂ©ricain. Pourtant, les critiques et les dĂ©sillusions concernant la capacitĂ© des États-Unis Ă  assumer un leadership positif sur la scène internationale se font de plus en plus nombreuses, en particulier depuis le tournant du XXIe siècle. Les problèmes du soft power amĂ©ricain sont bien sĂ»r inhĂ©rents Ă  un monde en profonde transformation, mais Ă©galement Ă  une politique Ă©trangère qui semble obsĂ©dĂ©e par sa propre finalitĂ©, c’est-Ă -dire dĂ©montrer la puissance militaire des États-Unis. Ainsi, les mauvaises dĂ©cisions militaires des dernières dĂ©cennies (Vietnam, interventions en Afrique, Irak) ont contribuĂ© pour une large part Ă  l’érosion de la force d’attraction des États-Unis – bien davantage que le recul de la culture amĂ©ricaine dans le monde â€“, de mĂŞme que le dĂ©sengagement du pays des institutions et des traitĂ©s internationaux. On pense par exemple au retrait des États-Unis du traitĂ© concernant la limitation des systèmes antimissiles balistiques (ABM) en dĂ©cembre 2001, au contournement de l’ONU, en 2002, dans la marche vers la guerre contre l’Irak, ou encore Ă  leur absence du protocole de Kyoto et du Statut de Rome, qui crĂ©ait la Cour pĂ©nale internationale (respectivement signĂ©s en 1997 et en 2000 par le prĂ©sident Clinton, mais jamais ratifiĂ©s par le SĂ©nat).

Il ne faut pas non plus nĂ©gliger le fait que le soft power des États-Unis souffre surtout des dysfonctionnements internes du pays, dĂ©sormais soumis au regard et au jugement du monde entier – justement en raison de cette prĂ©Ă©minence mĂ©diatique. Chacun peut ainsi observer les grandes inĂ©galitĂ©s et les contradictions qui existent au sein de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine, les divisions politiques profondes qui ont menĂ© le pays au bord du gouffre fiscal et qui paralysent les dĂ©cisions lĂ©gislatives et juridiques (8), de mĂŞme que « l’affligeant spectacle de l’élection prĂ©sidentielle actuelle Â», qui dĂ©montre Ă  quel point les AmĂ©ricains sont peu Ă©duquĂ©s « malgrĂ© la prĂ©sence des meilleures universitĂ©s, des meilleurs laboratoires, des meilleurs instituts de recherches et groupes de rĂ©flexion Â» (9), qui constituent l’essentiel du soft power des États-Unis et permettent d’attirer les cerveaux et les crĂ©ateurs du monde entier.

Plusieurs analystes croient que la seule façon pour les États-Unis de dynamiser leur leadership sur la scène internationale et par le fait mĂŞme, de raviver l’attrait qu’ils exercent sur l’opinion publique mondiale et sur les autres leaders du monde, est l’adoption d’une stratĂ©gie de smart power (10), qui combine Ă  la fois les outils du hard power et ceux du soft power et qui passe par la collaboration et le partage de l’information. Pour cela, les États-Unis doivent, par le biais des mĂ©dias, mieux communiquer sur leurs politiques et cultiver une image positive Ă  l’étranger, puisque « ce que pense l’opinion publique de la politique amĂ©ricaine est fondamental lorsque des pays doivent prendre des dĂ©cisions concernant les sujets d’importance pour les États-Unis Â» (11).

A propos pampi06

Professeur histoire géographie en lycée
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