Info Histoire Première/Terminale : Tulle, Oradour-sur-Glane, des drames de la barbarie nazie

20160921_174810.pngDans la mémoire collective, en France, le nom d’Oradour demeure comme le massacre de civils le plus atroce. Son retentissement fut rapide et sa condamnation très large…

Localisation d’Ouradour sur Glane : département du Limousin (Limoges)

Une vidéo amateur réalisée quelques temps après le massacre de la population le 10 juin 1944 conservée à la cinémathèque de Limoges.

Rappel des faits :

Oradour-sur-Glane

« …Le 8 juin 1944, en raison de la multiplication des coups de main des maquis depuis le débarquement en Normandie (voir »« Tulle, Guéret et Saint-Amand-Montrond libérées provisoirement par les maquisards» « ) le maréchal von Rundstedt, commandant suprême des armées allemandes du front ouest, généralise ce programme de répression et prescrit que « pour restaurer l’ordre et la loi, les mesures les plus sévères doivent être prises […] pour lancer un avertissement à l’ensemble de la population ». En clair, il autorise exactions et massacres contre les civils : cette politique délibérée vise à criminaliser la Résistance, à la rendre responsable des représailles et à terroriser la population pour affaiblir la logistique des maquis qu’elle soutient et ravitaille… » suite de l’article à lire sur le site réseau canopé, concours de la Résistance et de la Déportation:

https://www.reseau-canope.fr/cnrd/ephemeride/3667

L’exploitation en classe : au lycée

Associé cette vidéo d’archives et un texte relatant le massacre de 642 civils dans ce village par une division allemande SS das Reich, 3ème compagnie du régiment,  dont plusieurs des auteurs de ce crime étaient des Alsaciens et Mosellans membres de l’association des « Malgré-Nous » enrôlés de force dans l’armée allemande au moment de l’annexion de 1940. Cela permet d’évoquer  plusieurs notions étudiées au lycée en classe de Première et de Terminale et le fondement même de l’idéologie nazie :

  1. Montrer la monstruosité de l’idéologie mortifère des nazis basée sur la violence gratuite sur des populations, insister sur le caractère déréel de cette tuerie de masse, un acte barbare à l’état brut caractéristique d' »un crime contre l’humanité« , notion à connaître en classe de Première et à rappeler aux élèves de Terminale. Crime contre l’humanité qui vient s’ajouter aux crimes de guerre et crimes contre la paix définis lors du procès de Nuremberg (20/11/1945 au 1er/10/1946). L’historien Bernard Bruneteau dans « le siècle des génocides » publié en 2004 chez Armand colin,  rappelle l’importance d’une définition rigoureuse de ce concept nouveau dès le 8 août 1945 à la suite des accords de Londres pour y introduire une distinction avec les deux autres types de crimes; celui de crimes de guerre lors de la Seconde conférence de la Haye en 1907, en précise les premiers contours.
  2. Evoquer la question les « malgré-nous », des soldats alsaciens enrôlés de force dans l’armée allemande, 13 soldats alsaciens incorporés dans la  Wehrmacht qui ont participé au massacre de la population d’Oradour sur Glane. Lors du procès de Bordeaux en 1953 pour juger les responsables du pire massacre commis par les nazis en France , les accusés alsaciens furent acquittés, amnistiés.  Ils en sortirent libres et aucun des responsables de la tuerie ne sera inquiété. La plupart des soldats allemands de cette compagnie sont morts lors de la bataille de Normandie. Un des derniers « malgré-nous » témoin et acteur du massacre d’Oradour-Sur-Glane, Albert Daul fut interrogé par un journaliste de Paris-Match et rapporte le déroulement des faits et surtout son vécu au lendemain des lois d’amnistie.
  3. Replacer les lois d’amnistie de 1951 de 1953 dans un contexte de reconstruction et de constitution d’un mythe d’une France résistante.Les Français préfèrent oublier un crime odieux, plutôt que de mécontenter les habitants d’une province rattachée en 1944. L’historien Robert Aron publia en 1954 une Histoire de Vichy pour justifier la collaboration en évoquant un « double jeu » du maréchal Pétain, adoucissant les conditions de l’occupation. Se forge alors le mythe du glaive et du bouclier, le maréchal Pétain ayant joué le rôle du bouclier protecteur auprès des populations civiles, tandis que le général de Gaulle maniait le glaive destructeur du nazisme ! La mémoire de la collaboration est donc occultée ainsi que celle des responsables du massacre d’Oradour-sur-Glane.

Document ci-joint pour illustrer ou à exploiter lors d’une évaluation en classe de Terminale pour le chapitre « l’historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale » pour évoquer l’occultation des mémoires pendant la période d’élaboration du mythe « résistancialiste » et la question sensible des malgré-nous.

En janvier 1953, la Revue des Deux-Mondes publiait une lettre rééditée dans la même revue en 2016, de Camille Mayran, pseudonyme de Henriette Sophie Marianne Saint-René Taillandier,  lauréate du tout premier Grand prix du roman de l’Académie française en 1918 et auteure de plusieurs ouvrages consacrés à l’Alsace. L’écrivaine appelait les Français à ne pas utiliser le prétexte du procès des soldats ayant participé au massacre d’Oradour-sur-Glane pour accuser l’Alsace toute entière de collaboration. Elle encourageait également les juges, le jury et l’opinion à faire une distinction entre les officiers et les soldats qui, selon elle, n’étaient que des exécutants enrôlés de force dans l’unité Das Reich

Une lecture critique du document permet de mettre en relief le point de vue de l’auteure en 1953 en faveur de la réconciliation nationale,  ne plus évoquer le passé. Elle adopte la thèse de la soumission au ordres et donc en faveur de l’oubli.

A travers l’exemple d’Oradour-sur-Glane on peut également évoquer les mémoires concurrentielles qui perdurent depuis le procès de Bordeaux en 1953, entre les résistants communistes, les « malgré-nous », les descendants des victimes, les enquêtes individuelles, etc. et le rôle des historiens a vérifié les faits et à établir une vérité.  On peut évoquer à partir de cette tragédie le développement des récits fantaisistes des négationnistes d’où une lutte mémorielle sur ce site symbolique qui n’a pas fini de clore mais qui montre le poids de la mémoire et de la recherche historique qui s’enrichit au fur et à mesure de l’ouverture des archives.

(Source :  Revue les deux mondes, 10 juin 2016)

Bibliographie :

Les Huns à Oradour-sur-Glane, Mouvement de libération nationale, Limoges, PERFRAC, janvier 1945 (numérisé page par page).

Oradour-sur-Glane, film de Jacques Griffon tourné dans les ruines d’Oradour, 1949, 4 min, muet.

Site du Centre de la mémoire : Oradour-sur-Glane village martyr (en français ou en anglais). Avec notamment une série de fiches pédagogiques, une bibliographie (ou plus détaillée pour les ouvrages et pour les articles) et une filmographie (ou plus détaillée) sur Oradour.

Comprendre Oradour, catalogue de l’exposition permanente du Centre de la mémoire, Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane/Conseil général de la Haute-Vienne, 2000.

Découvrir le Centre de la mémoire, CRDP du Limousin, 2000.

« Les plaies d’Oradour », enquête de Georges Châtain et Benoît Hopquin, Le Monde, 19 février 2013.

Oradour-sur-Glane 10th June 1944, site personnel de Michael Williams (en anglais).

A propos pampi06

Professeur histoire géographie en lycée
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