Leçon Géographie Terminale S : L’Asie du Sud et de l’Est les défis de la population et de la croissance

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L’Asie du Sud et de l’Est : les défis de la population et de la croissance

Introduction : L’Asie du Sud et de l’Est compte près de quatre milliards d’habitants, c’est-à-dire plus de la moitié de l’humanité. Cette zone s’affirmdepuis trois décennies comme un nouveau « centre du monde ». Elle connaît en effet sur toute cette période la croissance économique la plus forte au monde. Portées par le Japon, membre de la Triade, les zones littorales de l’Asie orientale ont connu des mutations importantes. À cela s’ajoute l’émergence des États-continents que sont la Chine et l’Inde.

Comment caractériser l’affirmation de l’Asie du Sud et de l’Est au sein de l’espace mondial ? Quels sont les défis posés par l’émergence économique de la région la plus peuplée au monde ?

I – LES ESPACES LES PLUS PEUPLES AU MONDE :

1 – Le poids de la multitude des hommes :

    • Une population nombreuse. La population de l’Asie de l’Est et du Sud est de 4 milliards d’habitants. À elle seule, la Chine en compte 1,350 milliard et l’Inde, 1,200 milliard. Cette force du nombre est une des caractéristiques de la région.
    • Une transition démographique maîtrisée. Dans l’ensemble de cet espace, la transition démographique est en voie d’achèvement. Le taux de fécondité tend à diminuer et se situe actuellement autour de 2,5 enfants par femme. La croissance se poursuit donc, mais à un rythme plus lent qu’au Moyen-Orient ou qu’en Afrique. De forts écarts demeurent cependant : au Pakistan, on compte 3,5 enfants par femme mais seulement 1,1 à Singapour.

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  • La population comme fondement de la croissance. La présence d’une population nombreuse a permis celle d’une main-d’œuvre abondante qui a assuré les bases de la croissance, notamment dans l’agriculture, puis dans l’industrie. Elle représente aujourd’hui également un immense marché de consommateurs potentiels à l’intérieur du continent. 

2 – Un peuplement inégal :

  • Des zones densément peuplées. Elles constituent la région la plus densément peuplée au monde. Les zones littorales de l’Asie orientale et les vallées des grands fleuves, par exemple le Gange, présentent des densités très élevées. Ces densités sont le fruit de l’histoire, ces régions étant les plus propices à la riziculture. Le processus de mondialisation a encore renforcé leur poids.
  • L’affirmation des villes. Dans cet ensemble, les villes s’affirment. Le taux d’urbanisation du continent n’est que de 42 %, mais cela représente un nombre considérable d’urbains, près de 2 milliards. Et le processus d’exode rural se poursuit, sauf au Japon et en Corée, où les taux d’urbanisation sont déjà supérieurs à 80 %. On compte désormais six mégapoles de plus de 20 millions d’habitants, dont Tokyo, Pékin et Mumbai. Au Japon, la mégalopole regroupe 105 millions d’habitants, et certains géographes parlent d’une mégalopole en formation sur le littoral chinois.
  • Des zones moins peuplées. D’autres espaces, situés à l’intérieur des terres et aux fortes contraintes naturelles, sont moins peuplés, voire déserts, tel le désert de Gobi en Chine ou les zones himalayennes comme le Tibet.

3 – Entre atouts et contraintes :

    • Des déséquilibres démographiques. La population de l’Asie connaît cependant certains déséquilibres. La maîtrise de la croissance s’est faite de façon coercitive en Chine, par la politique de l’enfant unique. En Inde, la politique de contrôle des naissances a été menée de manière incitative. Dans les deux cas, elle a conduit, pour des raisons culturelles, à favoriser, par l’avortement des filles, la naissance de garçons. Ceci conduit à un déficit en femmes. Dans certaines régions de l’Inde, on compte 120 hommes pour 100 femmes. Par ailleurs, compte tenu de la faible fécondité, la population de certains États connaît un important vieillissement, comme au Japon. La Chine elle-même commence à connaître ce processus.
    • Des déséquilibres socio-économiques. Les écarts sociaux sont importants dans la plupart des pays de la région. En Inde et en Chine, la classe moyenne est relativement réduite en nombre, environ 15 % de la population. La population reste caractérisée par une réelle pauvreté : la moitié des Indiens vivent avec 2 euros par jour.

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II – DES TERRITOIRES MARQUES PAR LA CROISSANCE ECONOMIQUE :

1 – un espace de croissance :

  • Des politiques volontaristes. Le développement de la région est fondé sur des politiques menées par les différents États. Pour le Japon, l’amorce du développement remonte à la fin du xixesiècle, avec l’ère Meiji. Depuis 1937, la stratégie du « vol d’oies sauvages » a fait se succéder plusieurs cycles, permettant de garantir une très forte croissance jusqu’aux années 1980. Les nouveaux pays industriels asiatiques (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong Kong) ont suivi ce modèle avec succès dans les années 1970. Depuis 1978, le gouvernement chinois s’est lancé dans une politique d’ouverture économique, tout en gardant une ligne politique communiste.
  • Des stratégies de développement efficaces. Ces stratégies ont porté leurs fruits. Elles ont consisté à produire à bas coût, puis à investir dans des secteurs de haute technologie, tout en délocalisant une partie de la production dans les pays à main-d’œuvre bon marché. Ces derniers amorcent ainsi leur développement : la région connaît par conséquent une réelle spirale de croissance.
  • L’insertion dans l’espace mondial : l’affirmation d’un nouveau centre Ce processus d’émergence a conduit à un important accroissement des flux de marchandises, mais aussi des flux financiers. La Bourse de Tokyo et celle de Shanghai s’affirment. Les flux d’IDE intra-zone sont importants. Le Japon, mais aussi plus récemment la Chine et l’Inde, investissent dans le monde entier, tel Lakshmi Mittal en France avec Arcelor Mittal.

2 – La nouvelle « usine du monde » :

  • La croissance de la production industrielle. La croissance de la région passe par celle de sa production industrielle : produits de haute technologie au Japon et en Corée, produits à bas coût compétitifs en Chine, dont la production industrielle a dépassé en volume celle des États-Unis. En Chine et en Inde, l’industrie développe des produits également accessibles à une partie du marché intérieur, comme les voitures bon marché produites par le groupe indien Tata. Les délocalisations industrielles venues d’Europe et d’Amérique du Nord contribuent à cet accroissement de la production.
  • L’affirmation d’une industrie extravertie. Cette industrie a été volontairement littoralisée de façon à optimiser les coûts de transport et à réduire les délais. D’immenses zones industrielles et portuaires ont été aménagées à Singapour, à Shenzen ou dans la baie de Tokyo.
  • Des acteurs efficaces. Ce succès est en grande partie lié à l’efficacité des liens entre les entreprises et les États. De grandes FTN stimulent échanges et investissements, comme les « keiretsu » japonaises (Toyota, Sony) ou les « chaebol » coréens (Samsung). Les États favorisent la création de zones franches et constituent des fonds souverains pour investir dans le monde entier, notamment en Afrique.

3 – Des interfaces actives :

  • Les interfaces maritimes. Les interfaces maritimes de l’Asie sont parmi les plus actives au monde. La côte orientale de la Chine s’affirme, en lien avec les littoraux japonais et coréen, comme le centre d’une aire de croissance.
  • Les dynamiques transfrontalières. Certaines frontières (terrestres ou maritimes) sont également de plus en plus actives, notamment entre le Vietnam et la Chine ou entre Singapour, la Malaisie et l’Indonésie, dans ce qu’on appelle le « triangle de Si-Jo-Ri ».

III – LA CROISSANCE DE L’ASIE : LIMITES ET INEGALITES : 

1 – Des espaces inégalement intégrés :

  • Le Japon, pôle de la Triade. La locomotive économique de la région reste le Japon, membre de la Triade, même si le PIB chinois a dépassé en valeur absolue (mais pas par habitant) celui du Japon.
  • Les NPIA. Les « quatre dragons » (Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong) ont désormais un profil économique qui les rattache à des pays industriels développés.
  • Les géants chinois et indien. La Chine et l’Inde sont deux géants économiques qui conservent cependant le profil de pays en voie de développement, dans lesquels seules certaines parties du territoire et de la population profitent réellement des fruits de la croissance.
  • Les pays en voie de développement, entre « bébés tigres » et PMA (Pays les moins avancés). Les autres pays asiatiques amorcent leur décollage économique, ces « bébés tigres », comme l’Indonésie ou les Philippines, sont encore fragiles. La Thaïlande a choisi une voie de développement basée sur le commerce et le tourisme. Enfin, certains États connaissent d’importantes difficultés, comme le Cambodge ou le Bangladesh. Schéma organisation territoriale asie du sud et de l'est

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2 – Des fragilités et des tensions :

  • La dépendance face aux matières premières. La région connaît des fragilités économiques. Elle ne dispose en effet que de très peu d’hydrocarbures, qui doivent être presque entièrement importés du Moyen-Orient.
  • La dépendance face aux débouchés. Les économies asiatiques sont très dépendantes de leurs exportations et donc à la merci d’une contraction des marchés en cas de crise économique.
  • La dépendance face aux spéculations financières. Les spéculations financières étant nombreuses, celles-ci peuvent s’emballer dans un phénomène de « bulle économique », dont l’explosion peut provoquer une crise, comme cela s’est déjà produit en 1992.
  • Des tensions géopolitiques. Dans la région demeurent de nombreuses tensions : partage de la région du Cachemire entre l’Inde et le Pakistan, rivalité entre la Chine et Taïwan, souhait de Pékin d’accroître son espace maritime en mer de Chine. Les organisations internationales régionales comme l’ASEAN (Association of South East Asian Nations) peinent à régler ces différends. 

3 – Des fragilités face à l’environnement :

  • La dégradation de l’environnement. La croissance asiatique s’est souvent effectuée sans respect pour l’environnement. Le recours au charbon et la croissance du trafic automobile ont conduit à la formation d’un immense nuage de pollution au-dessus de la zone.
  • L’impact des catastrophes naturelles. L’Asie du Sud et de l’Est est régulièrement frappée par des catastrophes naturelles : inondations au Bangladesh, séismes en Chine et au Japon. Enfin, le tsunami de 2005 en Asie du Sud et celui de 2011 au Japon ont eu des conséquences dramatiques. L’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima montre bien comment catastrophes naturelles et industrielles peuvent être liées.

Conclusion : L’Asie du Sud et de l’Est est donc un espace de croissance forte, fondée sur une population nombreuse et maîtrisée. Cependant, pour devenir un nouveau « centre du monde », la région doit encore accroître ses synergies.Schémas pour réviser Asie du sud et de l'est

Biblio à compléter : voir résumé sur le site de clionaute de l’atlas sur l’Asie qui sera publié en septembre 2016.

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A propos pampi06

Professeur histoire géographie en lycée
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