Leçon Géographie Terminale S: L’Amérique, puissance du Nord et affirmation du Sud

wp-1463257155515.pngL’Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud

 L’Amérique est le « Nouveau Monde » depuis le XVIe siècle. Nous pouvons distinguer l’Amérique du Nord, du Centre, du Sud.

Mais deux espaces culturels se distinguent aussi, Amérique anglo-saxonne et Amérique latine. L’Espagne et le Portugal, en exploitant les richesses agricoles et minières du continent, en provoquant involontairement l’effondrement des sociétés amérindiennes et en introduisant des populations africaines par la Traite, ont façonné une Amérique latine de culture catholique, aux populations fortement métissées, mais aussi des économies affaiblies par la présence de grandes propriétés agricoles freinant la modernisation. Français et Britanniques firent de même dans les Caraïbes, mais le métissage y fut plus rare, l’exploitation esclavagiste rare dans le Nord où l’économie était basée sur le troc et le commerce des peaux de castor. L’industrialisation a provoqué des flux d’immigrants européens et asiatiques qui ont bouleversé la géographie d’un continent presque vide.

Miami est représentative de la puissance de l’Amérique du Nord, un port de conteneurs, port de croisières (fonction largement dominante puisque c’est le premier port de croisière du monde avec 3,5M de passagers par an), lieu de résidence pour les snow birds et les immigrants venus de Cuba et de l’Amérique latine. Miami est aussi un hub performant, une place financière et bancaire importante.

Raul Castro, dirigeant cubain, et Barack Obama, président des Etats-Unis, annoncent le rapprochement des deux Etats par des discours simultanés le 17 décembre 2014. Les Etats-Unis avaient rompu leurs relations diplomatiques avec Cuba en janvier 1961 et imposé à la population cubaine un embargo très contraignant en février 1962. Cet évènement est représentatif de l’affirmation de l’Amérique du Sud. Autre exemple, Le président des Etats-Unis Barack Obama est reçu au Brésil par la présidente brésilienne Dilma Rousseff en mars 2011( destituée depuis avril 2016).

PB: Le continent américain est-il dominé par les tensions ou par le désir d’intégration régionale ? Quelles dynamiques pour les Etats-Unis et le Brésil ?

I – LE CONTINENT AMERICAIN : ENTRE TENSIONS ET INTEGRATIONS REGIONALES :

L’Amérique, continent de 40 M km², peuplé de presque 1 Md h (990 M h en 2015), est une zone de contact entre des espaces différents par leur culture, leur niveau de développement économique et leurs organisations régionales. Ces espaces entretiennent des relations anciennes et diverses depuis le XVIe siècle (première mondialisation).

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La conscience d’appartenir à un nouveau monde est venue de la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis (1776 à 1783), de la révolte d’Haïti (1791), des révolutions en Amérique latine menées par Simon Bolivar. Par l’affirmation de la doctrine Monroe (1823), les Etats-Unis ont souhaité marquer leur défiance vis-à-vis de l’Europe et leur volonté de domination sur le continent, dont les Etats ont été réunis dans le cadre de l’OEA (Organisation des Etats américains, 1948). Mais la révolution cubaine de 1959, l’opposition du Brésil et du Venezuela à la domination nord-américaine remettent en cause l’idée d’unité continentale.

Le continent américain est-il dominé par les tensions ou par le désir d’intégration régionale ?

1 – Les disparités du continent : un continent inégalitaire et interdépendant

a) De fortes disparités socio-économiques :

Nous pouvons distinguer un Nord très développé, comprenant les Etats-Unis et le Canada, avec un IDH < 0,9, et un Sud caractérisé par une pauvreté très inégale suivant les Etats et généralement en régression, avec un IDH variant de 0,81 (Argentine) à 0,47 (Haïti) selon le PNUD (2014). Le coefficient de Gini, indicateur de dispersion des revenus, gradué de 0 à 100, est souvent supérieur à 50, au Brésil (53), au Chili (51), en Colombie (54), et il est élevé sur l’ensemble du continent comme aux Etats-Unis (41), selon la Banque mondiale (2015).


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Ces profonds écarts entre Nord et Sud entrainent des migrations du bassin caraïbe et du Mexique vers les Etats-Unis (voyez la frontière fermée par un mur à Nogales). Les diasporas latino-américaines pratiquent des transferts de fonds vers leurs pays d’origine, ce sont les remesas qui peuvent représenter jusqu’à 15% du PIB de pays comme le Salvador ou la Jamaïque. L’importante immigration illégale est à l’origine des politiques de fermeture de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique (double mur surveillé par des vigiles armés) conduisant à la sanctuarisation du territoire des Etats-Unis.

Les pays de l’Amérique latine ont souffert de plusieurs handicaps : la dépopulation consécutive au déclin des populations amérindiennes, l’exploitation des richesses minières ou agricoles par les puissances coloniales, surtout la mise en place des latifundia qui ont freiné la modernisation agricole, la mise en place de dictatures au service des entreprises étrangères, essentiellement celles des Etats-Unis (« républiques bananières »).

b) Une hégémonie nord-américaine persistante :

L’Amérique du Nord reste dominante sur le continent, accaparant les flux d’immigrants par le Brain Drain, rayonnant par les IDE, par la puissance des FTN, par la présence de modèles culturels largement diffusés en Amérique latine. Par l’affirmation de la doctrine Monroe (1823), les Etats-Unis ont souhaité marquer leur défiance vis-à-vis de l’Europe et leur volonté de domination sur le continent, dont les Etats ont été réunis dans le cadre de l’OEA (Organisation des Etats américains, 1948). L’expérience cubaine, la guérilla menée par Che Guevara n’ont pas réussi à libérer le sous-continent de l’emprise nord-américaine. Cependant, l’avènement de la démocratie depuis les années 1980 a conduit au développement économique sur des bases nouvelles, permettant l’apparition de pays émergents comme le Brésil. Cependant, les disparités économiques restent fortes (Haïti est un PMA), et la dépendance à l’égard des Etats-Unis également.

La présence des Etats-Unis est aujourd’hui caractérisée par un interventionnisme diffus marqué par la dollarisation des économies (adoption du dollar US comme monnaie nationale), le soutien apporté aux opposants politiques dans les pays jugés hostiles (Venezuela), le financement des opérations de lutte contre les trafiquants de drogue. Mais à l’échelle du continent s’observe un gradient décroissant de dépendance à l’égard des Etats-Unis (les pays les plus dépendants sont les plus proches, les plus libres sont les plus éloignés).

c) Deux espaces culturels : une opposition à nuancer.

L’Amérique latine, de langue hispanique ou lusophone, de culture catholique dominante, aux populations fortement métissées, marquées par l’héritage culturel amérindien (le président bolivien est un amérindien), par l’apport des populations afro-américaines (héritage de la Traite des esclaves depuis 1500), par la culture créole des Caraïbes, est dons un espace d’une grande richesse culturelle au passé douloureux mais qui est en mutation (progression des cultes protestants).

L’Amérique du Nord, de langue anglaise ou francophone, où l’apport de la culture protestante est plus important, a constitué l’espace dominant du continent du fait de l’immigration massive venue d’Europe au XIXe siècle et surtout en raison de l’industrialisation précoce du Nord-Est de l’Amérique du Nord. Cependant, cet espace est de plus en plus influencé par l’héritage aujourd’hui revendiqué des cultures amérindiennes et afro-américaines, et par l’apport des populations intégrées au cours du XXe siècle (latino-américaines ou asiatiques).

2 – Les tentatives d’intégration dans les Amériques :

a) L’ALENA, l’intégration nord-américaine :

L’Amérique du Nord est une aire de puissance de plus de 480Mh constituée des trois Etats membres de l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain, zone de libre-échange comprenant les Etats-Unis, le Mexique et le Canada). Mise en place en 1994, cette association organise la libre circulation des marchandises et des capitaux entre les pays membres, mais pas la libre circulation des personnes. Depuis sa mise en place, l’ALENA a facilité les échanges, mais essentiellement au profit des Etats-Unis qui accaparent les flux commerciaux et financiers (80% des exportations et 50% des importations du Canada et du Mexique). Les maquiladoras, en territoire mexicain, résultent de cette politique, mais subissent la concurrence des pays-ateliers d’Asie orientale. L’ALENA n’a pas mis fin aux flux de migrants clandestins venus du Mexique aux Etats-Unis.

Par contre l’Amérique centrale et les Caraïbes restent dominées par les Etats-Unis malgré la présence de deux organisations régionales, le MCCA (Marché commun centre-américain, zone de libre-échange née en 1960 au traité de Managua, comprend Costa-Rica Salvador Guatemala Honduras Nicaragua) et le CARICOM (Marché commun de la Communauté des Caraïbes, né 1973 réunit Antilles et Guyanes mais pas libre-échange par contre passeport commun 14 Etats).

b) La montée en puissance de l’Amérique du Sud. : Le MERCOSUR.

Les pays sud-américain ont créé une organisation destinée à faire contrepoids à la puissance nord-américaine : c’est le Mercosur. Cette organisation a été fondée en 1991 par le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, et constitue à la fois une zone de libre-échange et une union douanière. Mais le Brésil est le principal bénéficiaire de cette organisation, qui vient d’intégrer le Venezuela (union douanière 2012) et a temporairement exclu le Paraguay victime d’un coup d’Etat. Cependant, le Mercosur est à la base d’un rapprochement de tous les pays d’Amérique du Sud : en 2004 est née la Communauté sud-américaine des nations par un rapprochement du Mercosur avec la CAN (Communauté andine des nations née 1969 par l’accord de Carthagène comprend Bolivie Colombie Pérou Equateur), et l’ensemble a formé l’Unasur (Union des nations sud-américaines) en 2008 (réunit tous les pays d’Amérique du Sud) dans le but d’imiter l’UE pour « construire une identité et une citoyenneté sud-américaine et développer un espace régional intégré » comprenant 12 Etats et 400Mh, avec un Parlement à Cochabamba (Bolivie), une Banque centrale, un Président (celui de l’Uruguay) et un secrétariat (à Quito, Equateur).

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3 – Des tensions géoéconomiques et géopolitiques croissantes :

a) Les dynamiques territoriales, sources de tensions :

Le continent américain possède un fort taux d’urbanisation (80%), conséquence d’une métropolisation très précoce et croissante. Les plus puissantes métropoles appartiennent au Nord mais des métropoles mondiales émergentes sont dans le Sud (Mexico, Sao Paulo, autour de 20Mh). La croissance rapide entraine une macrocéphalie urbaine dans le Sud et la formation de mégalopoles dans le Nord (Megalopolis, Main Street, Californie), et en formation dans le Sud (Brésil). Le dynamisme économique est souvent dépendant de la présence d’interfaces transfrontalières telles que la mégalopole des Grands Lacs, la Mexamérique et ses twin-cities (villes jumelles). La métropolisation est source de déséquilibres dans le Sud parce que les flux de migrants sont mal maîtrisés et l’urbanisation mal gérée. Les inégalités sociales engendrent des tensions liées à la ségrégation socio-spatiale, particulièrement dans le Sud. Les 20 premières villes mondiales les plus dangereuses sont latino-américaines (ex. Caracas a eu 3164 tués en 2010).

b) Les enjeux géopolitiques :

Les conflits frontaliers entre Etats sont aujourd’hui dépassés par l’opposition entre les régimes favorables ou hostiles à la présence nord-américaine en Amérique latine. Cuba n’est plus isolée aujourd’hui, car les pays émergents de l’Amérique latine ont des politiques proches et les relations diplomatiques ont été rétablies avec les Etats-Unis. Le projet nord-américain de zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) a échoué il y a dix ans, notamment par l’opposition du Venezuela de Hugo Chavez (décédé en 2013). L’intégration régionale est entravée par les régimes politiques instables de plusieurs Etats (Paraguay), et par les fragilités économiques des Etats du Sud (Argentine et Brésil en récession depuis 2015). La persistance d’activités illicites entretient l’insécurité et alimente les mouvements de rébellion (FARC en Colombie). Des espaces en réserve comme l’Amazonie ou le grand nord canadien sont des zones de tensions et d’insécurité par les convoitises que suscitent les réserves encore inexploitées et la présence de minorités revendiquant leurs droits sur des territoires immenses.

Ainsi, le continent américain reste un espace dominé par les Etats-Unis, mais depuis une trentaine d’années cette domination est contestée par des Etats latino-américains devenus démocratiques et solidaires. Cependant, les inégalités sociales restent très importantes et il n’est pas assuré que les pays du MERCOSUR réussissent à relever ce défi, comme l’ont montré les manifestations autour de la coupe du monde de football en 2014.


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II – ETATS-UNIS ET BRESIL : ROLE MONDIAL ET DYNAMIQUES TERRITORIALES :

Objectif : analyser deux puissances américaines qui sont fortement intégrées dans le processus de mondialisation. Quels sont les atouts de chacune de ces deux puissances et leur rôle dans le processus de mondialisation à différentes échelles ? Quelles sont les conséquences sur l’organisation du territoire de chacun de ces Etats à l’échelle nationale ?

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1 –  Etats-Unis et Brésil : quel rôle mondial ? :

Quels sont les atouts de chacune de ces deux puissances et leur rôle dans le processus de mondialisation à différentes échelles ?

Plan : Etats-Unis puis Brésil, en abordant les aspects (poids dans le monde), les fondements (facteurs explicatifs de la puissance), les échelles de puissance (espaces concernés par le rayonnement).

a) Les Etats-Unis, une superpuissance :

Les Etats-Unis sont un Etat fédéral composé de 50 Etats (dont les deux plus récents sont Hawaï et Alaska) auxquels s’ajoute le district fédéral de Washington (la capitale). Superpuissance : puissance au rayonnement planétaire par ses capacités humaines, économiques et militaires et par son aptitude à diffuser un modèle socioculturel. Pourquoi pouvons-nous affirmer que les Etats-Unis sont la seule superpuissance de la planète ? Pour le savoir, nous pouvons analyser la puissance étatsunienne de différentes manières : en mesurant le poids des Etats-Unis dans le monde, en observant son rayonnement mondial, en faisant l’inventaire des espaces soumis à l’influence de la puissance des Etats-Unis d’Amérique.

Le poids des Etats-Unis dans le monde :

Un espace vaste et maîtrisé : le territoire couvre 9,4 millions de km² (4e rang mondial) ou 9,6 millions de km² (avec Porto Rico et territoires du Pacifique, soit 3e rang mondial) et offre une grande diversité de ressources dans un espace bien maîtrisé (moyens de transport adaptés : transports routiers et avions, réseau dense à l’est). Mais la Chine possède une superficie équivalente de 9,6 millions de km² et des ressources tout aussi abondantes, dans un espace de plus en plus maîtrisé.

Une puissance économique forte mais contestée : les Etats-Unis sont la première puissance économique mondiale (PIB de 17.416 milliards de dollars en 2014, soit 22% de la production mondiale de biens et de services, mais cette part était de 30% en 2004). Car malgré des résultats remarquables (n°1 mondial pour la production d’énergie, de logiciels, l’exportation de services), cette première place est menacée par la montée en puissance de la Chine qui est devenue la seconde puissance économique du monde en 2010.

Une population nombreuse et à haut niveau de vie mais affaiblie par la crise économique : 321 millions d’habitants en milieu 2015 (3e rang mondial), un PIB/h (55.000$ en 2014) et un IDH (0,914 : 5e rang mondial selon HDR 2014) élevés. Mais le taux d’endettement des ménages dépasse 120% du revenu disponible en 2010 (source Moody’s Economy.com) et la dette publique atteint 100%, les dépenses de santé élevées (16% du PIB au lieu de 11% en France) sont contre-productives (46,3M de personnes n’ont pas d’assurance santé, l’espérance de vie est de 79 ans en 2013 contre 82 ans en France).

Un rayonnement qui s’exerce dans tous les domaines :

Le politologue américain Joseph NYE (doyen de l’université de Harvard) distingue le hard power, « puissance dure » (qui comprend les éléments objectifs de la puissance tels que le rayonnement financier, commercial, militaire) et le soft power, « puissance douce » (influence culturelle sur le monde, capacité à persuader le monde du caractère universel du mode de vie américain). Il pense que seuls les Etats-Unis possèdent les deux pouvoirs.

Le rayonnement financier : le dollar est la monnaie de réserve (66% des réserves des banques centrales dans le monde), de change (la moitié des devises échangées dans le monde) et de règlement internationale (achats pétroliers) depuis les accords de Bretton Woods (1944) ; des places financières importantes et de grandes banques : Wall Street, la bourse de New York, rassemble 40 à 50% de la capitalisation boursière mondiale (comprend le NYSE associé à Euronext, et le NASDAQ ou second marché accueillant des entreprises innovantes), mais on oublie trop souvent la bourse de Chicago (1e bourse du monde pour les matières premières et les céréales). Le FMI et la Banque mondiale ont leur siège aux Etats-Unis (Washington). La « stratégie du dollar » est un élément essentiel de la puissance (permet de financer le déficit commercial), même si le système est aujourd’hui fragilisé par la crise financière mondiale (voir plan Paulson).

Le rayonnement économique : les Etats-Unis sont le deuxième exportateur du monde derrière la Chine depuis 2010 (13,5% des échanges mondiaux), grâce à la capacité d’innovation des entreprises (la part des hautes technologies dans la production industrielle est de 25%, l’entreprise aéronautique Boeing contrôle 55% du marché mondial, les USA assurent 52% de la production de logiciels dans le monde) et au poids de l’agro-business (ensemble des activités liées à l’agriculture : concerne 15% des actifs et fournit au pays un food power ou arme alimentaire, USA réunissent 59% des cultures OGM du monde en superficie), mais seulement 2e exportateur derrière la Chine depuis 2010. Le déficit commercial, qui s’élève à presque 700Mds de $, est dû au fait que les Etats-Unis sont le premier importateur du monde, mais le second exportateur de la planète (derrière la Chine depuis 2010), ce qui contribue à la redistribution des activités et des richesses dans le monde. Les Etats-Unis sont membres du G20 : ils peuvent donc exercer une grande influence sur l’économie mondiale.

Le rayonnement diplomatique et militaire : les Etats-Unis sont un acteur central du système de sécurité collective mondial (ils possèdent un siège permanent au Conseil de sécurité de l’O.N.U.). La puissance militaire des Etats-Unis est sans équivalent dans le monde : le Pentagone (État-major installé à Washington) dispose d’une armée d’un million et demi d’hommes, de la première flotte de guerre du monde, et de la plus importante force de frappe nucléaire. Les commandes de l’Etat entretiennent le complexe militaro-industriel américain (47% des dépenses militaires mondiales, en progression constante : voir avion furtif F117). Les Etats-Unis sont à la tête de l’O.T.A.N., l’organisation militaire la plus puissante du monde. Tout cela permet aux Etats-Unis de jouer le rôle de « gendarmes du monde » (ex. : intervention en Irak en 2003) en pratiquant l’unilatéralisme (prise de décisions sans négociation avec la communauté internationale).

Un rayonnement culturel international : il s’exerce par la langue (la « World Culture » est anglo-américaine), par les F.M.N. (Coca Cola, C.N.N., Mac Donald’s, les cafés Starbucks ont une stratégie mondiale), par les réseaux de télécommunication (75% des images diffusées dans le monde sont américaines : en 2005 le film le plus vu dans le monde était Titanic voir n°4 p. 89, les 15 premiers mondiaux sont des films US, Internet créé en 1969 pour l’armée : 80% des serveurs Internet dans le monde sont US, l’organisme régulateur de la toile est un des bureaux du ministère du commerce US, Google et Microsoft sont des symboles de la mondialisation). Les entreprises étatsuniennes ont été les premières à comprendre le pouvoir considérable de l’entertainment, littéralement « divertissement » (production culturelle de masse).

Le rayonnement des Etats-Unis dans tous ces domaines entraîne également une forte attractivité sur les populations du monde : les Etats-Unis sont le premier pays d’accueil du monde (700.000 entrées légales par an), en particulier grâce au Brain Drain (entrées de scientifiques, écrivains ou artistes à la recherche du visa temporaire de séjour H1B, ce qui permet aux Etats-Unis d’avoir 56% des prix Nobel). Chaque année 55.000 green cards sont offertes aux candidats à l’immigration, par tirage au sort (cartes de résidents permanents).

 Une puissance qui s’exerce à différentes échelles : A l’échelle mondiale : les Etats-Unis sont au cœur de l’Oligopole mondial (la Triade) et ils s’efforcent d’imposer le libre-échange dans le monde à travers l’O.M.C. et les accords de libre-échange du TPP et du TTIP (mais négociations piétinent) afin d’élargir leur rayonnement commercial.

A l’échelle continentale : les Etats-Unis ont formé une zone de libre-échange avec le Canada et le Mexique, qui font l’essentiel de leur commerce extérieur avec leur voisin étatsunien (ALENA), mais ils ne sont pas parvenus à mettre en place la ZLEA (zone de libre-échange des Amériques, refusée par le Mercosur). Les Etats-Unis considèrent le continent américain comme leur « chasse gardée », mais de nombreux gouvernements d’Amérique latine sont ouvertement hostiles au rayonnement des Etats-Unis (Brésil, Argentine, Bolivie, Hugo Chavez décédé en 2013 au Venezuela, Daniel Ortega au Nicaragua, Cuba).

A l’échelle nationale : les Etats-Unis possèdent plusieurs centres d’impulsion planétaire qui sont des villes mondiales (Washington, New York : voir photographie de Manhattan, Chicago, Los Angeles, San Francisco, Seattle).

Ainsi, les Etats-Unis affirment leur présence mondiale par leur poids, par leur rayonnement dans tous les domaines (économique, militaire, diplomatique, culturel) et à toutes les échelles, et font donc figure de superpuissance sans équivalent dans le monde (hyperpuissance selon H. Védrines, ancien ministre français des affaires étrangères), ce qui conduit la population à croire en une destinée manifeste (mission de civiliser le monde) qui entretient l’orgueil national et parfois le mépris à l’égard du reste du monde. Ce pays se présente comme un modèle universel (élection de Barack OBAMA en novembre 2008 : Obama est à la fois Afro-américain, Européen, Amérindien, son beau-père est indonésien). Cependant, la montée en puissance de la Chine introduit le doute dans une population fière de vivre dans la première puissance mondiale.

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2 – Le Brésil, puissance mondiale en devenir :

a) Le poids du Brésil dans le monde :

Le Brésil est composé de 26 Etats fédérés plus le district fédéral de Brasilia. Ce pays est peuplé de 205Mh milieu 2015 (5e rang mondial). Ce vaste Etat d’une superficie de 8,5Mkm² a une densité de 23h/km². La 7e puissance économique du monde en 2014 (d’après le PIB de 2.244Mds $) est une puissance émergente engagée depuis 1964 sur la voie du développement extraverti par promotion des exportations de produits manufacturés. Ses atouts sont considérables, mais ce pays a souffert des inégalités engendrées par le « mal développement » libéral qui fait du Brésil un pays riche habité par des pauvres. L’avènement de la démocratie politique en 1985 n’a pas sensiblement changé les structures sociales d’un pays où, en 2002, l’écart entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres était de 1 à 70. L’arrivée au pouvoir du président Lula da Silva, ancien syndicaliste révolutionnaire élu en 2002 (et réélu en 2006) grâce aux voix des habitants des favelas, a permis cependant une réduction des inégalités depuis 2003. L’espérance de vie a beaucoup augmenté (74ans) et le taux de chômage a diminué (6% des actifs). Dilma ROUSSEF qui lui a succédé en octobre 2010 a poursuivi cette politique mais a échoué et a été impliqué dans des affaires de corruption d’où sa destitution en avril 2016.

b) Une économie brésilienne extravertie :

Une économie extravertie. Les étapes du développement : l’économie coloniale a longtemps dominé l’organisation de l’espace brésilien, par l’exportation du bois et du sucre de canne (XVIe et XVIIe s), de l’or et des diamants (XVIIIe s), du café et du caoutchouc naturel (XIXe et XXe s). A partir des années 1960 l’Etat brésilien encourage l’industrialisation du pays par promotion des exportations. Les moteurs du décollage économique : l’Etat brésilien a joué un rôle déterminant par des investissements directs (production d’énergie, sidérurgie), et surtout en incitant les IDE à s’orienter vers le Brésil dans le but de bénéficier de délocalisations d’ateliers de production (automobile, informatique). Les entreprises privées brésiliennes ont depuis pris le relais : en 2006 les investissements brésiliens à l’étranger sont supérieurs aux capitaux provenant de l’étranger. L’entreprise brésilienne privatisée CVRD (Cie Vale do Rio Doce) vient en 2006 de racheter son concurrent canadien et est devenue la 2e compagnie minière du monde. De ce fait, la dette brésilienne autrefois considérable tend à se réduire malgré la crise mondiale (65% du PIB en 2012).

c) Une puissance qui veut rayonner dans le monde :

La création du Mercosur en 1991 (avec Argentine, Paraguay et Uruguay) puis Venezuela et Bolivie, et celle de l’UNASUR en 2008, à l’initiative du Brésil qui en est le moteur, stimulent les échanges commerciaux à l’échelle régionale (zone de libre-échange et projet d’union économique et monétaire de type supranational, contre l’hégémonie nord-américaine).

Le Brésil compte affirmer sa place de puissance internationale par des manifestations comme le Mondial de football en 2014 et les JO 2016 à Rio de Janeiro. Le Brésil est bien une nouvelle puissance, un pays émergent du BRICS. Puissance dominante du Mercosur, le Brésil est désormais un Etat écouté dans le monde, membre du G20, dont la politique se démarque nettement de celle des Etats-Unis, mais un pays en récession affaibli par des scandales financiers (le directeur de Petrobras arrêté en mars 2016).

Ainsi, le Brésil a l’ambition de jouer à l’échelle régionale un rôle de puissance assumée comme une alternative à la domination continentale des Etats-Unis.

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3 – Etats-Unis et Brésil : quelles dynamiques territoriales ? :

Le sujet nous invite à analyser les conséquences de l’ouverture économique des deux Etats sur l’organisation des territoires respectifs à l’échelle nationale. En quoi l’organisation du territoire est-elle révélatrice de l’intégration des deux pays dans un espace mondialisé ? Plan : pour chacun des deux Etats, aspects, fondements, typologie régionale.

a) Les Etats-Unis : les dynamiques d’un espace métropolisé et ouvert:

Un espace fortement métropolisé : croquis p.290, à apprendre par cœur Qu’est-ce que la métropolisation ? C’est la concentration de la population dans des villes de plus en plus grandes.

Le Nord-est, ancien berceau de l’industrialisation du pays au XIXe siècle concentre les métropoles mondiales (N, Chicago). Les deux plus grandes agglomérations des Etats-Unis (plus de 10 millions d’habitants) ? New York (22Mh) et Los Angeles (18Mh). Ce sont de grandes mégapoles (agglomérations géantes comptant plus de 10Mh), à ne pas confondre avec les mégalopoles (vastes territoires comprenant des agglomérations qui concentrent de la puissance et ont des relations étroites entre elles). La mégalopole du nord-est, ou Mégalopolis, est parfois appelée « Bos-Wash » car Boston et Washington en sont les extrémités. La plus grande agglomération de la mégalopole des Grands Lacs, appelée aussi « Main Street America » est Chicago. Une 2ème mégalopole du Pacifique ou « San-San »  en formation en Californie. Seattle fait partie de la Pugetopolis dans l’Etat de Washington.

Une société urbaine fragmentée : les agents du recensement divisent la population en communautés (le recensement emploie le terme de races, et admet depuis 2000 la notion de métissage) recoupant les clivages sociaux (35 à 40M d’Américains vivent en dessous du seuil de pauvreté dans un pays sans couverture sociale, soit 13% de la population). Distinction Blancs/ Populations de couleur ; descendants d’Européens/ Minorités. La population blanche d’origine européenne représente 70% de la population totale et bénéficie d’une meilleure intégration (même les Russes, derniers arrivés). Mais des clivages persistent, les WASP (Blancs Anglo-saxons Protestants, OBAMA en est un en tant que descendant du président Jefferson DAVIS qui dirigeait les Etats sudistes pendant la guerre de Sécession) détenant l’essentiel du pouvoir politique, qu’ils partagent avec les Irlandais (seul président non WASP : Kennedy). Les Hispaniques (50Mh, soit 16% pop.) sont la première minorité (voir immigration mexicaine, la Mexamérique) bien intégrée (voir gouvernement) mais mal assimilée (espagnol 2e langue des USA), puis les Noirs (39Mh, 13% pop.) descendants des esclaves (obtiennent les droits civiques en 1964, le droit de voter en 1965), puis les Asiatiques (15Mh, 5% pop.) et les Amérindiens (3Mh). Le chômage, la répression de la criminalité touchent plus particulièrement les minorités, dont les plus défavorisées sont les Noirs (ghettos urbains) et les Amérindiens. Discrimination positive mise en place dans les années 1980 (quotas dans les écoles et les entreprises) contestée car peu efficace (Salad Bowl perpétue le communautarisme). En fait, les Etats-Unis sont passés d’une société pluriethnique à une société métissée, ce qui est une avancée considérable pour le rayonnement mondial des USA (OBAMA en serait un révélateur).

Les métropoles, reflets de la puissance : NY la 1ère agglomération des EU et ville globale (cf. Déf. Voir leçon mondialisation) ; Chicago est la 3e agglomération des Etats-Unis (10Mh, siège de la bourse des matières premières, la ville d’OBAMA) ; Atlanta, 11e agglomération des Etats-Unis, 6Mh, siège de Coca Cola et CNN.

Des marges très dynamiques : Le territoire des Etats-Unis est ouvert sur trois espaces maritimes, deux Etats continentaux, et possède un espace économique intégré à l’économie mondiale, ce qui explique le dynamisme des marges.

Une population attirée par les marges. Les migrants quittent le Nord-est au profit du Sud et de l’Ouest. Car des villes en déclin comme Pittsburgh, Buffalo, Rochester et surtout Détroit, qui font partie de la Rust Belt (ceinture de la rouille) du Nord-Est. Par contre, l’agglomération qui a connu la plus forte croissance dans les dix dernières années ne figure pas sur cette carte : c’est Las Vegas, ville du jeu (Nevada), qui fait partie de la Sun Belt (ceinture du soleil) : conséquence du phénomène d’héliotropisme (attirance vers le soleil, qui concerne les snow birds ou retraités venus du Nord, et les entreprises innovantes de haute technologie qui n’ont pas de contraintes de localisation). La Sun Belt réunit les ensembles climatiques les plus favorables au peuplement ou au tourisme, milieu subtropical humide, sec et aride, méditerranéen, océanique. Le dynamisme des marges ne s’explique pas seulement par les flux migratoires intérieurs, mais aussi par l’importance de l’immigration. Carte de répartition de la population hispanique qui révèle une très forte présence le long de la frontière mexicaine, en raison de l’immigration en partie clandestine (voir le mur édifié sur plus de 300km), en Floride (Cubains), et dans les grandes villes du Nord-Est (NYC et Chicago).

Une maîtrise de l’espace qui valorise les marges : les Etats-Unis possèdent deux façades maritimes, l’une tournée vers l’Océan atlantique (ports de New York, Houston) et l’autre tournée vers l’Océan pacifique (Los Angeles). Une façade maritime est un espace géographique caractérisé par d’intenses relations entre des villes portuaires, et qui comprend un littoral, le grand large océanique (avant-pays maritime, avec présence d’une interface maritime majeure) et les territoires sur lesquels rayonnent les ports du littoral (arrière-pays continental assez vaste pour dynamiser les activités du littoral, ou hinterland, zone de chalandise assez difficile à délimiter). La façade atlantique comprend 2 des 20 premiers ports mondiaux par leur trafic en 2008 : South Louisiana (la Nouvelle-Orléans) 234Mt, Houston 227Mt. Elle ne comprend cependant qu’un seul des 20 premiers ports mondiaux de conteneurs : New York 5MEVP. Le réseau routier est très dense à l’est du 100e méridien, mais de grands axes transcontinentaux (autoroutes et voies ferrées) relient les deux grandes façades maritimes des Etats-Unis. Les 5 premiers aéroports sont New York, Chicago, Los Angeles, Dallas et Atlanta. Ce sont des gateways (portes d’entrée du pays), mais aussi des hubs : centres de redistribution des liaisons aériennes permettant de passer d’une échelle à une autre grâce à la présence de plates-formes multimodales (espaces qui permettent de passer aisément d’un mode de transport à un autre, sans rupture de charge).

Une organisation régionale tripartite :

Trois grands ensembles régionaux complémentaires se distinguent. Le Nord-Est : berceau de l’Amérique industrielle, il conserve aujourd’hui son poids économique et surtout son pouvoir décisionnel. Le cœur industriel est composé de la Manufacturing Belt, cœur décisionnel rassemblant les sièges sociaux de la grande majorité des entreprises industrielles américaines, en particulier dans les branches anciennes de l’industrie (automobile à Detroit, agroalimentaire à Chicago, sidérurgie à Pittsburgh). L’espace urbain est structuré autour de deux mégalopoles (Megalopolis de J. Gottmann, Main Street America transfrontalière le long de l’axe du Saint-Laurent et des Grands Lacs) comprenant de nombreuses agglomérations. Tout d’abord celles de la Megalopolis, de Boston à Washington, qui rassemble 45Mh sur près de 1.000km de littoral. New York 19 à 21Mh, 1e agglomération des Etats-Unis (« the Big Apple »), est une ville mondiale et reste un des centres d’impulsion majeurs de la planète grâce à la puissance de sa capitalisation boursière (NYSE et NASDAQ dans le CBD de Down Town où se trouve Wall Street), ses aéroports (4e mondial), ses fonctions politiques (ONU) et culturelles (Broadway, Times Square, quotidiens lus dans le monde entier comme NY Times et Wall Street Journal, dans le CBD de Mid Town autour de l’Empire State Building voir p.79). Washington DC 4,5Mh est la capitale politique (Maison Blanche et Congrès) et militaire (Pentagone), mais abrite aussi des organismes financiers internationaux (FMI et banque mondiale). Philadelphie 6Mh est un centre historique et culturel, un grand port aussi. Boston 5Mh abrite les plus prestigieuses universités du monde (Harvard, Columbia, Princeton) et le parc technologique de la route 128 qui comprend le MIT (Massachusetts Institute of Technology). Ensuite, nous trouvons les métropoles de la Main Street America ou mégalopole des Grands Lacs qui rassemble environ 60Mh. Chicago 9Mh (voir schéma du modèle urbain) rayonne sur les Grandes Plaines et les Grands Lacs grâce à son CBD (Loop) comprenant la bourse des céréales et des matières premières, son aéroport (5e mondial). Detroit 4Mh réunit les sièges sociaux des grandes firmes automobiles américaines (Chrysler, General Motors, Ford). Les friches industrielles de la Rust Belt disparaissent rapidement au profit des services supérieurs des pôles d’impulsion (New York, Chicago, Washington) aux fonctions politiques, économiques, scientifiques (MIT de Boston) et culturelles. Le Nord-Est est cependant touché par la crise économique actuelle (Ohio). Le Nord-Est : comprenant la Megalopolis et la Main Street America, c’est le cœur économique, politique, culturel de la façade et un des centres majeurs de l’espace mondial. Sa puissance s’est renforcée depuis la création de l’ALENA en intensifiant les échanges entre les Etats-Unis et le Canada, tandis que se renforce la « Grande rue de l’Amérique ». Le littoral atlantique est très dynamique jusqu’au port d’Hampton Roads au Sud.

Le croissant périphérique : réunissant la Sun Belt et le Nord-Ouest, il est caractérisé par son dynamisme démographique (régions attractives), économique (sièges sociaux de grandes entreprises de technologies de pointe), scientifique (nombreux parcs technologiques). Réunissant des climats attractifs, des minorités nombreuses et une main-d’œuvre disponible, le croissant périphérique est structuré autour de grandes régions motrices (4) auxquelles s’ajoutent le Sud-est et la Mexamérique. Les nouvelles régions motrices se sont renforcées en accueillant les sièges sociaux des entreprises de technologie de pointe (Miami, Texas, Californie très dépendante du complexe militaro-industriel, Pugetopolis), en partie grâce au climat attractif (Sun Belt), mais aussi par attraction des parcs technologiques les plus importants du pays. Voir l’exemple de la Silicon Valley. Les nouveau centres des Etats-Unis : la Floride touristique et résidentielle (Miami), mais aussi scientifique (Cap Canaveral, base de lancement des navettes spatiales), et le Texas pétrolier (Houston « ville de l’énergie » et gateway sur le littoral, et Dallas ville de l’arrière-pays intérieur) et technologique (parc technologique de Silicon Hills). Le faible coût de la main-d’œuvre dans les Etats du Sud explique la croissance et le dynamisme du Sud-est (Atlanta), de la Mexamérique (région transfrontalière bénéficiant de la présence des maquiladoras, dont il faut minimiser l’importance : délocalisations vers l’Asie orientale). Les activités agricoles (cultures fruitières du Sud-est et d’Hawaï, irriguées du Sud-Ouest) sont tournées vers le marché intérieur en expansion et offrent une grande rentabilité, faisant des agriculteurs un élément dans la chaîne de production et de distribution de l’agrobusiness (complexe qui intègre toutes les activités centrées sur la production agricole). Enfin, d’autres métropoles apparaissent au Sud. Atlanta 5Mh (1er aéroport mondial, premier hub des Etats-Unis), Miami 6Mh, Houston et Dallas 5Mh chacune. Le Vieux Sud des Etats-Unis revitalisé : autour d’Atlanta (Coca Cola et CNN) et de Charlotte (Metrolina, comprenant le TRP Triangle Research Park), l’ancien Old Deep South des plantations de coton s’est reconverti dans la haute technologie, les cultures fruitières et l’élevage avicole (poulets pour les chicken nuggets). Mais la Louisiane, située sur le delta du Mississippi, reste un espace fragile, menacé par les cyclones et la pollution, malgré son intense activité portuaire. Le golfe du Mexique était également riche en crevettes, thons et langoustes, mais la catastrophe écologique du 22 avril 2010 (explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, exploitée par BP à 80km de la Louisiane) a réduit les pêcheurs au chômage (ils sont aujourd’hui indemnisés par BP). Les hydrocarbures tiennent en effet une place majeure dans le golfe du Mexique où ils sont exploités off-shore (en pleine mer) au large du Texas et de la Louisiane (25% de la production des Etats-Unis).

La diagonale intérieure : elle comprend le cœur céréalier agricole en voie de diversification, et la région des Rocheuses au dynamisme récent (Denver, Salt Lake City) à laquelle on peut rattacher l’Alaska (Etat pourvu de ressources pétrolières abondantes, voir Sarah Palin). Les Grandes Plaines sont peu industrialisées. Les régions céréalières (maïs et soja, blés, associées à l’élevage hors-sol des feed-lots ou parcs d’engraissement pour le bétail dans le cadre d’un élevage bovin tourné vers la production de viande, les bœufs étant nourris de tourteaux de soja) constituent le cœur de cet espace (Grandes Plaines), mais les productions sont excédentaires, le marché dépendant des exportations, les agriculteurs endettés et fortement subventionnés. Le faible coût de la main-d’œuvre dans les Etats du Sud, ainsi que le développement de l’économie de divertissement, expliquent la croissance et le dynamisme des Rocheuses (Denver, Salt Lake City, Las Vegas).

b – Le Brésil : les dynamiques d’un espace à fortes disparités :

Un territoire fortement métropolisé : croquis p.291

Une population nombreuse. C’est la 5e population du monde (205Mh en 2015), une population jeune et métissée (grâce à l’héritage colonial portugais mêlant 200.000 Amérindiens aux 55% de descendants de colons européens, aux 34% de métis, aux Afro-américains descendants des esclaves importés depuis 1500, et aux Asiatiques). L’héritage colonial explique l’inégale répartition d’une population concentrée sur le littoral (moyenne 22h/km²), avec des flux orientés vers le front pionnier, mais surtout du NE vers le SE. L’urbanisation est forte, dominée par deux mégapoles (Sao Paulo 20Mh, 3e agglomération mondiale, et Rio de Janeiro 12Mh, 14e rang mondial). La capitale, Brasilia, est une  ville nouvelle fondée en 1960 pour rééquilibrer l’organisation du territoire. Sao Paulo, métropole du Brésil et de l’Amérique latine, comprend des favelas, quartiers défavorisés de type bidonvilles, à l’habitat précaire (petites maisons basses aux toits de tôles ondulées), entassé de façon anarchique sur les versants des collines (risques de glissements de terrains, d’inondations dans les parties basses). Environ 2/3 de la population brésilienne vit sous le seuil de pauvreté, l’importance des favelas étant due à l’afflux de ruraux déracinés. Sao Paulo comprend également des gratte-ciels de CBD (centre des affaires) car c’est une grande métropole industrielle et financière, et des résidences de luxe (gentrification) souvent inoccupées (condominios fechados). Un troisième type d’habitat se rencontre à Sao Paulo, celui des cortiçaos (vieux immeubles dégradés occupés par des résidents à bas revenus). La ségrégation socio spatiale est une caractéristique du mal développement brésilien.

De vastes espaces à mettre en valeur :

Le Brésil est un Etat-continent couvrant une superficie de 8,5Mkm², composé de 26 Etats fédérés plus le district fédéral (capitale Brasilia). Les ressources minières et énergétiques sont très abondantes (par exemple dans le Minas Gérais où se trouvent les plus importantes réserves de fer du monde, ce pays étant le 3e producteur mondial). Les fleuves constituent un immense potentiel hydroélectrique (le barrage d’Itaipu sur le Paraná, à la frontière du Paraguay, alimente la plus grande centrale hydroélectrique du monde). Depuis 2006 le Brésil est autosuffisant en pétrole, grâce aux dernières prospections off-shore de la compagnie nationale Petrobras, 3e Cie pétrolière mondiale, et a parallèlement développé l’utilisation des biocarburants (canne à sucre, soja, huile de ricin). La vaste forêt dense équatoriale est une immense réserve d’espace entourée de campos (savane), autour de laquelle se déploie le front pionnier du peuplement (zone de progression du peuplement par défrichements et mise en valeur de nouveaux territoires). Des résultats remarquables. L’agriculture brésilienne est un atout majeur pour le développement grâce à ses cultures de plantations tournées vers l’exportation (premier producteur mondial de café, de sucre de canne et d’oranges, n°1 mondial pour l’élevage bovin). Mais c’est surtout la production industrielle qui fait la richesse du Brésil, les exportations de produits manufacturés représentant 79% du total (c’est un pays émergent ou même émergé). Les secteurs clés de la production industrielle sont la production d’automobiles, les armes, l’informatique. Le premier exportateur brésilien est la firme aéronautique Embraer, concurrent du canadien Bombardier.

Une organisation régionale marquée par de forts déséquilibres :

L’espace brésilien est marqué par de graves déséquilibres. Voir croquis de synthèse. Le croquis de l’organisation de l’espace brésilien révèle d’importants contrastes. L’essentiel de l’activité économique est rassemblé dans le cœur industriel et financier du Sudeste. La production de biens manufacturés est concentrée dans le « triangle industriel » du Sud Este (Sao Paulo, Rio, Belo Horizonte). La logique économique du capitalisme brésilien conduit au gaspillage du territoire et des ressources (Nordeste agricole devenu foyer d’émigration menacé par la sécheresse, Amazonie dévastée par la déforestation). La misère paysanne dans le Nordeste et en Amazonie, qui engendre des émeutes de la faim (les cultures vivrières sont négligées au profit des cultures d’exportation plus rentables) et entretient l’exode rural vers le Sud Este est due à des conditions climatiques particulières (sècheresse dans le Nordeste qui pourrait être vaincue par des équipements hydrauliques, difficultés à maîtriser l’espace en Amazonie où les défrichements progressent lentement à partir des grands axes routiers) et aux structures agraires héritées de la période coloniale (grandes exploitations appelées fazendas ou latifundios mises en valeur par des ouvriers agricoles misérables et empêchant le développement d’une petite paysannerie aux propriétés non rentables appelées minifundios). L’Amazonie est un espace violent où l’accaparement des terres se fait au détriment des Amérindiens et des seringueiros (exploitants de la forêt). Mais depuis 2004, des mesures sont prises contre la déforestation, contre l’économie souterraine dans les favelas réhabilitées. Donc, un pays émergent qui lutte contre les disparités engendrées par le « mal développement ».

Ainsi, les Etats-Unis et le Brésil, qui appartiennent à des ensembles géopolitiques et géoéconomiques différents (Nord riche et développé pour l’un, Sud en développement pour l’autre) ont des structures voisines qui révèlent une intégration poussée dans le processus de mondialisation et une organisation du territoire commune (métropolisation, valorisation des marges, contrastes régionaux). Mais cependant les stratégies mises en œuvre dans ces deux pays tendent aujourd’hui à les éloigner, ce qui constitue une source de tensions à l’échelle continentale.

 

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A propos pampi06

Professeur histoire géographie en lycée
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