Info Histoire Première: Grande Guerre et Société

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Article écrit par Emmanuelle CRONIER dans Encyclopedie Universalis, février 2016, qui résume l’impact de la guerre de 14-18 dans la société française profondément affectée.

Introduction

« Dépassant par son horreur tout ce qui avait pu être imaginé, la Grande Guerre affecte profondément la société française. Si l’absence des hommes enrôlés et les risques qu’ils encourent sont au centre des préoccupations, l’arrière s’organise également pour faire face aux besoins de la guerre totale. Dans les campagnes et les usines, dans les écoles et les hôpitaux, la population est mobilisée pour l’effort de guerre. Cette participation redéfinit en particulier le rôle des femmes qui remplacent les hommes partis au front. La société est néanmoins traversée par des tensions importantes, qui soulignent les inquiétudes et les injustices face à la mobilisation et à la mort.

Un pays en armes

Le 1er août 1914, l’annonce de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la Russie, alliée de la France, est suivie de la mobilisation française, qui tombe au moment où la population apprend la mort du leader socialiste Jean Jaurès, assassiné la veille. À l’annonce de la mobilisation générale, les Français sont saisis de stupeur. L’attentat de Sarajevo, le 28 juin 1914, était passé presque inaperçu et rien ne laissait penser que la crise localisée déboucherait sur un conflit généralisé. Dans une France encore très rurale, la population est alors occupée aux travaux des champs en cette saison cruciale du calendrier agricole. Face à cette accélération des événements, la consternation et la résignation dominent. Ce qu’on exprime en public contraste avec ce qu’on ressent intimement, comme la peur et l’incertitude. Contrairement à une idée répandue, les manifestations d’enthousiasme sont rares et limitées aux milieux nationalistes et aux grandes villes, où des foules bruyantes accompagnent les soldats jusqu’aux gares. Les obligations militaires concernent tous les hommes âgés de 20 à 48 ans, appelés à rejoindre leur unité à partir du 2 août. Trois millions et demi d’hommes partent pour la guerre au cours de ce mois et on compte moins de 1 p. 100 d’insoumis. La plupart pensent partir pour une guerre courte et être rentrés pour Noël. Mais, dès l’automne de 1914, cet espoir est démenti par l’entrée dans une guerre d’usure, qui nécessitera la mobilisation de huit millions d’hommes, dans des unités combattantes ou à l’arrière.

Dans un discours du 4 août 1914, le président de la République Raymond Poincaré célèbre les vertus de « l’union sacrée », c’est-à-dire l’unité de toutes les forces du pays. Ce consensus se traduit sur le plan politique par la mise en sommeil des divisions idéologiques au profit de l’effort commun. Le renforcement du pouvoir de l’État se traduit aussi par un contrôle accru sur les populations. Les civils issus de pays ennemis (Allemands, Austro-Hongrois, Ottomans) sont regroupés dans des camps d’internement. Certaines populations, jugées indésirables, sont expulsées de Paris ou de la zone des armées – qui couvre le quart nord-est de la France –, et internées. C’est le cas des vagabonds ou des prostituées touchées par les maladies vénériennes. Les étrangers font l’objet de soupçons constants, dans un climat d’espionnite perceptible particulièrement dans les grandes villes. Les ressortissants des pays neutres, comme la Suisse, ne sont pas exempts de critiques, car on leur reproche leur indécision. Ces suspicions expliquent la mise à sac des laiteries Maggi à Paris en août 1914, sous l’effet de rumeurs d’empoisonnement du lait et d’une confusion entretenue par les milieux nationalistes sur la nationalité suisse de la firme, accusée d’espionnage au profit de l’Allemagne.

Des sociétés déchirées par la guerre

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Le départ des soldats est un moment douloureux pour les familles. Dans cette société traditionnellement pudique, il est rare d’exprimer des émotions en public, et on recommande ainsi aux femmes de contenir leurs larmes pour ne pas embarrasser les soldats. Au cours de l’été de 1914, les nouvelles parviennent lentement aux familles, qui n’ont souvent d’autre source d’information que le communiqué militaire publié dans la pressequotidienne. Alors que les chiffres effrayants des morts de 1914 sont cachés à la population, les premiers mois de guerre sont marqués par l’incertitude. Les combattants des régions envahies ont souvent perdu tout contact avec les réfugiés de leur famille. Des associations se mobilisent pendant tout le conflit pour les aider à les retrouver, par le biais notamment de journaux comme le Bulletin des réfugiés du département du Nord. Les familles s’inquiètent en outre du sort des prisonniers détenus dans des conditions difficiles par l’ennemi. Les troupes coloniales, qui combattent pour la première fois en Europe, communiquent également très difficilement avec leurs proches. C’est particulièrement le cas des « tirailleurs sénégalais », issus de toute l’Afrique de l’Ouest. La séparation est un aspect majeur des expériences des populations pendant la Grande Guerre, qu’on retrouve d’ailleurs dans les termes « front » et « arrière » employés pour désigner ces communautés nées du conflit. Cette rupture est aussi celle des générations, car les hommes les plus jeunes et les plus âgés ne sont pas mobilisables. Mais la distinction la plus frappante est bien celle des genres, car l’armée française ne mobilise pas les femmes. Si leur absence est douloureusement ressentie par les combattants, la féminisation de l’arrière fait à l’inverse partie des traits les plus marquants de la période.

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Pour maintenir des liens malgré la guerre, la correspondance joue un rôle essentiel. C’est souvent le seul moyen de communication entre les soldats et leurs proches jusqu’en 1915, quand les premières permissions sont accordées. La franchise postale, mise en place dès le 3 août 1914, permet de leur écrire gratuitement. Circulant par centaines de millions pendant la guerre, les lettres et les cartes postales sont autant de preuves de vie qui rassurent les familles sur le sort des soldats. D’autres, annonçant une blessure grave ou un décès, sont redoutées. Au front, l’heure de passage du vaguemestre, qui vient distribuer le courrier du jour, est attendue avec impatience. Les paysans sont avides d’informations sur la ferme et les récoltes. On espère des nouvelles des enfants et un mot tendre d’une femme aimée. Si la censureinterdit d’évoquer les opérations militaires, beaucoup d’hommes évitent d’inquiéter leurs proches et taisent les pires réalités du front. Au fil de la guerre, les propos se banalisent, mais la correspondance reste un lien essentiel pour les familles, ce qui explique que beaucoup de lettres aient été ensuite conservées, parfois jusqu’à nos jours.

Correspondance de guerre, 1915

Durant la Grande Guerre, la correspondance maintient le lien entre le front et l’arrière, et particulièrement la famille. Mobilisé dès le 30 août 1914 dans un régiment d’infanterie composé d’hommes considérés comme trop âgés pour être au front et basé à Tarbes (Hautes-Pyrénées), le soldat Joseph Méz…

Il faut attendre le 1er juillet 1915 pour que l’armée, face au risque de démoralisation des troupes, autorise les combattants à partir en permission à l’arrière pour quelques jours. Ces permissions restent rares et de courte durée pendant tout le conflit, puisqu’un soldat ne peut en profiter que trois fois par an au maximum, et que les départs sont souvent suspendus par les opérations, comme au moment de la bataille de Verdun en 1916. Pourtant, ces moments de retrouvailles ont contribué au maintien du moral des combattants et des civils pendant la guerre, en leur permettant en particulier de se projeter dans une paix future.

L’effort de guerre de toute une population

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Guerre moderne et industrielle, la Première Guerre mondiale est aussi la première « guerre totale », nécessitant la mobilisation de l’ensemble des ressources des pays belligérants. Le départ des hommes pour le front pose ainsi la question de leur remplacement dans les secteurs essentiels pour l’effort de guerre. Dans les campagnes, toute la population rejoint les champs, alors que les récoltes d’été sont en cours. Si le travail des femmes était déjà massif avant-guerre, dans les campagnes comme à l’usine, la « munitionnette », employée dans les usines, devient une des figures centrales de la guerre. Les femmes représentent ainsi jusqu’à 30 p. 100 de la main-d’œuvre dans l’industrie lourde, et même 60 p. 100 chez Citroën, une exception. En 1918, 430 000 d’entre elles travaillent dans ce secteur. Ces « remplaçantes » en pantalon sont célébrées pour leur rôle dans l’effort de guerre, mais l’émancipation des femmes reste limitée, ne serait-ce qu’en raison de la persistance d’une vision conservatrice qui considère la femme d’abord comme une mère et une consolatrice. Les hommes restent d’ailleurs majoritaires dans les usines de guerre, occupant les postes hiérarchiques ou spécialisés. Il a aussi fallu faire appel à la main-d’œuvre étrangère, venue d’Espagne, d’Afrique du Nord ou d’Asie pour remplacer les soldats. Quarante mille ouvriers chinois sont ainsi employés en France, comme dans les usines Schneider au Creusot. Pour faire face aux besoins croissants du front, nombre d’usines doivent se reconvertir et adopter une nouvelle organisation du travail fondée sur les principes du taylorisme. Les conditions de travail se dégradent fortement, car les cadences doivent permettre de produire cent mille obus par jour, objectif fixé par le ministre de la Guerre, Alexandre Millerand, dès septembre 1914. La semaine de travail dure de 60 à 70 heures, les gestes sont répétitifs et pénibles, tandis que les ouvriers sont exposés à des risques importants liés à la manipulation d’explosifs ou de substances toxiques.

Ouvrières pendant la Première Guerre mondiale, 1915

La mobilisation des hommes sur le front oblige les femmes à prendre le relais, notamment dans des métiers auxquels elles n’avaient pas accès jusqu’alors : ces tourneuses d’obus fabriquent des pièces de 75 mm dans une usine d’armement.

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Les civils sont aussi sollicités pour financer une guerre dont le coût ne cesse de croître et qui grève les finances publiques. Une loi fiscale de 1914 institue l’impôt sur le revenu, tandis qu’en 1917 les bénéfices exceptionnels de guerre, réalisés notamment par le secteur de l’armement, font l’objet d’un impôt spécifique. Des emprunts de guerre sont lancés auprès des épargnants grâce à des campagnes d’affiches sur le thème de la solidarité avec le front. Des quêtes ont lieu au profit des populations démunies tels les réfugiés, les blessés ou les orphelins de guerre. Les œuvres de charités’impliquent dans de nombreuses activités : tricot pour les soldats, colis pour les prisonniers ou soupes populaires quand la pénurie gagne le pays après 1917. D’autres organisent des spectacles pour les combattants ou confectionnent des pansements.

Emprunt national, 1917

Alors que le conflit se révèle plus long et coûteux que prévu et que les soldats paient le prix fort, l’arrière est mis lui aussi à contribution : quatre emprunts nationaux sont lancés pendant la Grande Guerre.

Nombre de femmes, issues notamment des classes aisées, s’engagent comme infirmières pour assister les services de santé qui doivent faire face à l’afflux de blessés, dont le nombre dépasse les trois millions de 1914 à 1918. L’« ange blanc » devient une figure emblématique de la Première Guerre mondiale, investie dans une mission patriotique et maternelle. À côté des infirmières professionnelles, cent mille femmes s’engagent auprès de la Croix-Rouge pour accompagner les blessés. Devenant mieux formées au fil de la guerre, les auxiliaires travaillent à proximité du front ou dans les hôpitaux de l’arrière, s’occupant notamment des soins postopératoires ou des repas. Ces infirmières incarnent pour les soldats un univers féminin absent du front, et même parfois un fantasme amoureux souvent représenté sur les cartes postales de l’époque.

Une guerre permanente

Dès l’été de 1914, la culture populaire s’empare des thèmes patriotiques. La liberté d’expression, une des grandes conquêtes duxixe siècle, est restreinte et il est interdit de publier des informations stratégiques ou de manifester des doutes sur l’issue du conflit. En réaction au « bourrage de crâne » et à la censure, certains titres manifestent leur esprit critique, tel Le Canard enchaîné, fondé en 1915. Tournant en dérision le contrôle de la presse, il proclame qu’il ne publie que de « fausses nouvelles ».

Si la réalité de l’expérience du feu et le nombre de victimes sont cachés à la population, les thèmes militaires et patriotiques sont très présents au théâtre, dans la chanson ou la littérature. Les affiches annonçant les emprunts ou les journées de charité sont partout, et la foule se presse au cinéma lors de séances qui mêlent films d’actualité, intermèdes musicaux et fictions patriotiques. Mais les scènes de bataille sont toutes reconstituées et l’héroïsme domine au début de la guerre, comme dans Unepage de gloire de Léonce Perret (1915). La population, lassée des outrances cocardières et marquée par les misères de la guerre, se tourne progressivement vers des productions plus divertissantes, qui ont la faveur des soldats en permission. Les films de Charlie Chaplin, distribués en France à partir de 1915, connaissent un grand succès, de même que les films comiques ou à suspens tels Les Vampiresde Louis Feuillade (1915). Le music-hall s’adapte aux goûts des Alliés et propose des revues spectaculaires, comme celles de Mistinguett aux Folies-Bergères.

Les enfants sont des cibles privilégiées pour les représentations patriotiques. Les aventures des Pieds Nickelés tournent en dérision les Allemands et une bonne partie de la littérature populaire met en scène des figures héroïques d’enfants qui servent de modèles à toute une génération. À l’école, les exercices quotidiens comme les sujets d’examen privilégient les thèmes liés à la guerre. Les vertus du sacrifice et de l’économie sont célébrées, tandis que les problèmes de mathématiques invitent à calculer la vitesse d’une grenade. Les enfants sont aussi incités à participer à l’effort de guerre, à travers la confection de colis pour les soldats ou la récolte collective des pommes de terre.

Une société sous tension

Cette société mobilisée pour l’effort de guerre et la victoire finale est traversée par des tensions importantes, qui soulignent les failles du consensus et de « l’union sacrée » au fil d’un conflit exigeant et interminable.

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Dans l’armée française de la Première Guerre mondiale, plus d’un soldat sur deux a été mobilisé dans une arme non combattante, comme les transports ou l’administration. C’est le propre des conflits modernes, mais cela génère des injustices vivement ressenties par la population, car les risques sont très inégalement partagés. Au front même, les fantassins, rassemblant les recrues les plus jeunes, sont davantage exposés à la mort que les artilleurs, une arme qui connaît un grand développement pendant le conflit. La stigmatisation des « embusqués », ces hommes qui échappent aux postes les plus dangereux ou qui ont intrigué pour se faire réformer, est un thème récurrent à l’arrière comme au front. Lors des permissions, les combattants sont choqués par le nombre d’hommes en âge de combattre restés à l’arrière, et par les salaires des ouvriers des usines de guerre, qui sont, dans certaines branches, quinze fois supérieurs à ce que touche un soldat en 1918. Ces tensions minent parfois les relations au sein des familles ou des villages, où chacun espère que la guerre épargnera les siens.

Portant atteinte à l’« union sacrée », l’embusqué de l’arrière, qui a cherché à se soustraire au devoir des armes, est méprisé ou jalousé par le soldat du front. Il est également moqué par les caricatures, tel ce dessin de Paul Iribe dans la revue La Baïonnette du 2 septembre 1915.

Crédits : Cité internationale de la bande dessinée et de l’image

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Les femmes, quant à elles, subissent une forte pression sociale à l’arrière. Soupçonnées de faire la noce en l’absence des soldats, qu’une séparation de longue durée rend réceptifs aux rumeurs, elles font l’objet de représentations contradictoires. L’imaginaire combattant se nourrit de visions idéalisées de femmes dévouées et aimantes, qu’ils n’ont guère l’occasion de fréquenter au front. Ces visions romantiques sont porteuses de grandes déceptions, et les reproches pleuvent sur les femmes accusées d’être trop sensibles aux charmes des embusqués et des Alliés. Lors des rares permissions, la capacité de séduction des combattants est mise à l’épreuve et ils doivent bien souvent se contenter de relations tarifées qui les rendent amers. Malgré le mythe qui entoure les marraines de guerre, les mœurs se sont peu libéralisées pendant la guerre et les comportements féminins restent très surveillés. Si l’infidélité féminine s’est avérée moins fréquente que les soldats ne le craignaient, bien des tensions sont nées d’un simple soupçon, comme le rappelle le scandale créé par le roman Le Diable au corps de Raymond Radiguet (1923), inspiré par la liaison de l’auteur avec une femme de soldat.

Les Marraines de guerre

Dans le but d’apporter un soutien moral aux soldats privés de famille, la première association des marraines de guerre est créée en janvier 1915. Celles-ci écrivent des lettres réconfortantes aux « poilus », leur envoient des colis contenant de la nourriture ou du tabac et parfois les rencontrent lo…

À l’échelle du pays, le consensus né à l’été de 1914 est remis en question par le prolongement de la guerre. La politique gouvernementale et le pouvoir des généraux font progressivement l’objet de critiques, et le mouvement pacifiste, qui s’était effondré en 1914, trouve un nouvel écho à partir de l’année 1916. À l’arrière, alors que la hausse du coût de la vie n’est pas compensée par les augmentations de salaire, les tensions sociales gagnent le pays en 1917. Cette année est marquée par des grèves massives et revendicatives portant sur les salaires et les horaires de travail, menées par les ouvrières de la couture et des usines de guerre. Elles aboutissent à une revalorisation des salaires et à la mise en place d’un repos le samedi, sur le modèle de la « semaine anglaise ». En mai 1918, les grèves reprennent avec une tonalité plus pacifiste, même si elles sont rapidement réprimées. Ces tensions illustrent le poids d’un conflit qui s’éternise et dont l’échelle dépasse tout ce qui avait été anticipé.

Les civils face à la violence extrême

La Première Guerre mondiale atteint des seuils de violence inédits tant par leur forme que par leur échelle. Les conventions de Genève (1864 et 1906) et de La Haye (1899 et 1907), qui ont fixé les principes du droit international humanitaire et du droit de la guerre, sont transgressées par les belligérants : utilisation des gaz, invasion d’États neutres ou bombardement de civils. À l’été de 1914, des atrocités, nées de peurs collectives, sont commises par les Allemands lors de l’invasion du nord de la France et de la Belgique. Elles sont ensuite utilisées par la propagande alliée pour dénoncer la barbarie allemande. Destructions, viols et déportations atteignent un degré inédit, illustrant la manière dont le conflit s’étend aux non-combattants. Pour la première fois dans l’histoire à cette échelle, les civils sont pris pour cible par des bombardements stratégiques. Paris est visée durant l’été de 1914, puis Londres au début de l’année 1915. Si la capacité destructrice et meurtrière des attaques reste limitée jusqu’en 1917, les raids des Gothas – des bombardiers allemands mis en service en 1916 –, puis les tirs du « canon de Paris » provoquent l’effroi des populations qui fuient la capitale en masse en 1918. La menace venue du ciel rapproche les civils de l’expérience du front, même si l’échelle des tirs et des victimes reste incomparable, puisqu’on ne compte qu’environ cinq cents victimes à la suite des bombardements de Paris entre 1914 et 1918.

Le poids du deuil marque durablement la société française. L’annonce des morts et des disparus rythme le conflit, mais le rapatriement des corps doit attendre la fin de la guerre et bien des familles ne parviendront jamais à obtenir le retour des corps des disparus. L’armistice du 11 novembre 1918, s’il met fin au conflit le plus meurtrier que la France ait alors connu, laisse un pays exsangue. La démobilisation est progressive et les derniers soldats ne rentreront chez eux qu’en 1920. La société est aussi confrontée aux défis des soins et de la réinsertion des blessés, des mutilés et des 15 000 « gueules cassées ». La victoire a un goût amer pour les familles éprouvées par la mort de 1,4 million d’hommes, pour les 600 000 veuves et les orphelins de guerre, dont le nombre atteint 1 million. Les armes modernes, qui ont démembré les corps et enseveli les hommes, laissent 250 000 disparus. C’est en mémoire de ces derniers qu’en janvier 1921, un soldat inconnu est inhumé sous l’Arc de Triomphe à Paris et que le 11 novembre devient l’année suivante un jour férié, tandis que les monuments aux mortsérigés dans toutes les communes rappellent le sacrifice des soldats de la Grande Guerre.

Bibliographie

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Professeur histoire géographie en lycée
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