Chapitre 3 Terminale Histoire : Les Etats-Unis et le Monde depuis 1945

drapeau am peint

Chapitre 2 : Les chemins de la puissance (EU, Chine et le Moyen-Orient)

Analyse de l’intitulé du sujet :

      (Phrase amorce : ici cadrage de la question sur le plan chronologique et explication rapide du sens du chapitre) Cette leçon a pour but d’analyser l’évolution et les chemins empruntés par la puissance des Etats-Unis dans le monde depuis avril 1945, date à laquelle le vice-président démocrate Harry Truman accédait à la présidence (décès de Franklin Delanoë Roosevelt le 12/04/1945), au moment où débutait la conférence de San Francisco (avril à juin 1945) qui donnera naissance à l’ONU (26/06/1945). Les Etats-Unis intervenaient à l’échelle mondiale et s’affirmaient comme puissance dominante dans le monde.

     (Définition des mots clé) La puissance d’un Etat est sa capacité à « faire » (exercer un pouvoir sur un espace déterminé), à « ne pas faire » (affirmer son indépendance et la faire respecter), et à « faire faire » (être capable d’imposer sa volonté à d’autres Etats placés dans sa sphère d’influence). Une grande puissance exerce son influence sur le monde, une superpuissance est une puissance au rayonnement planétaire par ses capacités humaines, économiques et militaires et par son aptitude à diffuser un modèle socioculturel, une hyperpuissance (selon l’expression popularisée par l’ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert VEDRINES) est une superpuissance qui n’a pas de rivale dans le monde.

       Comment les Etats-Unis sont-ils devenus une hyperpuissance ? Cette expression est-elle encore adaptée aujourd’hui pour désigner la place des Etats-Unis dans le monde?

             Pour y répondre, nous aborderons successivement la période 1945 à 1962/63 qui conduit les Etats-Unis à assumer un rôle mondial, puis la période 1962/63 à 1990/91 qui voit le leadership des Etats-Unis contesté puis restauré, et enfin la période 1990/91 à nos jours qui voit les Etats-Unis devenir les « gendarmes du monde ».

 I – LES ETATS-UNIS A LA TETE DU « MONDE LIBRE », 1945 A 1962/63 :

 1 – Les Etats-Unis vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, 1945 :

      ship_victory 1943 (Rappel : le contexte de la SG mondiale pour expliquer comment les EU sont devenus les « gendarmes du monde »). Le Japon a précipité les Etats-Unis dans la guerre : le Japon attaqua par surprise les Etats-Unis à Pearl Harbor (dans l’archipel des îles Hawaï) le 7 décembre 1941, dans le but d’anéantir la flotte américaine du Pacifique et de s’emparer des colonies et territoires d’Asie du sud-est. Les objectifs japonais furent en grande partie atteints (combats jusqu’en Birmanie). Mais quels étaient les objectifs des Etats-Unis ? Le président des Etats-Unis cherchait un « casus belli » (une raison pour intervenir dans le conflit mondial), c’est fait avec l’attaque japonaise et les déclarations de guerre des puissances de l’Axe (Allemagne et Italie) 4 jours plus tard. Mais il ne s’attendait pas à une agression d’une telle ampleur (la flotte anéantie, plus de 3.000h tués). La politique extérieure américaine jusqu’ici plutôt isolationniste devient interventionniste.

         capitulation japonaise aout 1945Après avoir ouvert un 1er front en Asie, les troupes anglo-américaines ouvrent un second front en Europe par des débarquements en Sicile (effondrement de l’Italie fasciste, juin 1943), en Normandie (6 juin 1944), en Provence (15 août 1944). Après la jonction des troupes anglo-américaines et soviétiques sur l’Elbe, l’Allemagne doit capituler (les 7 et 8 mai 1945). Le président Truman décida d’utiliser la bombe atomique sur des populations civiles à Hiroshima et Nagasaki (6 et 9 août 1945). Villes détruites à 80% sous l’effet du souffle, de la chaleur et des radiations (120.000 morts à Hiroshima et 40.000 morts à Nagasaki). Le Japon, seule puissance fasciste encore en guerre, s’effondre après l’utilisation par les Etats-Unis de la bombe atomique sur les villes d’Hiroshima et de Nagasaki (6 et 9 août 1945). La guerre s’achève le 2 septembre 1945 (capitulation du Japon). Voir doc n°1 p.69. Retour à l’isolationnisme.

 2 – Les Etats-Unis organisent la paix, 1945 à 1947 :

         onu-afficheL’Organisation des Nations Unies nait lors de la Conférence de San Francisco tenue d’avril à juin 1945. C’est l’œuvre des membres de la Grande Alliance (Etats-Unis, Royaume-Uni, U.R.S.S.) réunis lors des conférences de Yalta (février 1945, Staline, Roosevelt, Churchill) et Potsdam (juillet et août 1945, Staline, Truman, Churchill puis Attlee). Voir caricature de Yalta. L’O.N.U. est chargée du maintien de la paix : née le 26 juin 1945 à San Francisco (Charte des Nations Unies signée par les 51 Etats fondateurs), elle vise aussi au respect des droits de l’Homme (Déclaration universelle des Droits de l’Homme, affirmant des droits nouveaux (éducation, sécurité sociale, travail, santé, culture), dont un des auteurs est René Cassin, 1948). Une organisation est assez complexe : l’ONU possède une Assemblée générale siégeant à New York, un Conseil de sécurité comprenant 5 membres permanents disposant d’un droit de veto[1] (Etats-Unis, Royaume-Uni, U.R.S.S. puis Russie, France, Chine) et disposant d’une armée (les Casques bleus) mais pouvant aussi déléguer des missions à des organisations militaires, un Secrétariat général et un Secrétaire général élu pour 5 ans, des institutions spécialisées (Cour internationale de justice à La Haye) ou associées (UNESCO à Paris depuis 1946, etc.).

        Accords Bretton WoodsLes Etats-Unis est la puissance dominante dans le monde  de 1945 à 1947 car ils sont la seule puissance nucléaire, la seule puissance financière détentrice des ¾ de l’or mondial. Grâce aux accords de Bretton Woods (signés par 45 Etats capitalistes le 22 juillet 1944) établissant un nouveau système monétaire international : le dollar devient la seule monnaie convertible en or.

        (cad cela signifie qu’il n’y a qu’une seule monnaie reconnue dans les échanges internationaux, le dollar, qui peut être échangé contre de l’or avec un taux fixe car l’or était la seule référence monétaire internationale. Cela signifie que les autres monnaies ne peuvent être converties qu’en dollar, tout le monde veut acheter du dollar, donc la valeur du dollar monte (le dollar gap : pénurie du dollar). Par contre ce qui pose problème c’est que le dollar est à la fois une monnaie internationale et une monnaie des EU d’où la confusion car les EU vont faire des billets verts mais pas en fonction de l’intérêt de l’économie mondiale).

        Les autres monnaies sont gagées sur le dollar qui obtient une parité fixe (35$ l’once d’or fin = 31g). Le FMI[2] et la Banque mondiale (BIRD[3]) établis à Washington font des EU le pays modèle du capitalisme et de la démocratie libérale. Les Etats-Unis sont désormais la puissance dominante du monde capitaliste jusqu’en 1971 (date de l’abandon du système de Bretton Woods et son remplacement par la libre convertibilité des monnaies : les monnaies deviennent des marchandises comme les autres et s’échangent par la loi de l’offre et de la demande). Deux superpuissances émergent du conflit, EU et Russie, que tout oppose (modèles économiques, sociaux et politiques). L’avènement d’un monde bipolaire devait conduire à une nouvelle période de tensions internationales.

 3 – Les Etats-Unis organisent le bloc occidental, 1947 à 1962/63 :

      L’expression guerre froide désigne une période de tensions dans les relations internationales, opposant les deux « Grands » (Etats-Unis et URSS) mais sans affrontement direct. Débutant au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (tensions perceptibles dès Potsdam, juillet-août 1945, avertissement indirect des deux bombes atomiques les 6 et 9 août 1945), la guerre froide s’achève au sens strict avec le dénouement de la crise de Cuba (1962) et au sens large avec la disparition du bloc soviétique (1990/91).

        TrumanLe gouvernement américain abandonne l’isolationnisme : le 12 mars 1947, dans un discours au Congrès concernant une demande de crédits pour la Grèce et la Turquie, le président Truman définit les nouveaux axes de la politique étrangère des Etats-Unis (doctrine Truman : contenir l’expansion du communisme par tous les moyens en apportant le soutien des Etats-Unis à tous les pays du « monde libre » = non communistes). En juin 1947, le secrétaire d’Etat au Trésor annonçait le plan Marshall d’aide à la reconstruction pour les pays européens qui en feraient la demande, la lutte contre la misère étant considérée comme le meilleur moyen pour lutter contre le communisme. Voir doc n°3 p.69

        Affiche Paix et liberté anticomm 1952Les EU organisent le bloc occidental  d’abord sur le plan politique: affiche de l’association Paix et Liberté (1952), une organisation anti-communiste française, qui compare les territoires européens soumis à l’URSS en 1938 et en 1952. L’objectif est de montrer une poussée vers l’ouest (la France) et de susciter une mobilisation contre l’URSS et de soutenir la stratégie de l’endiguement des EU. Les EU adoptent dans le domaine politique une politique de l’endiguement (stratégie de l’endiguement ou « containment » pour endiguer le flot montant du communisme en Europe).

 Plan MarshallDans le domaine économique et social : les 17 Etats d’Europe occidentale (dont la France) qui ont accepté l’aide du plan Marshall sont regroupés dans l’OECE en 1948 (Organisation Européenne de Coopération Economique, devenue l’OCDE en 1961). Cette organisation, dont le siège était à Paris, était chargée de répartir les dons et les prêts en dollars aux pays bénéficiaires (14 Mds $ jusqu’en 1952). L’aide américaine, étendue ensuite à d’autres pays du monde (Japon en 1950) a permis d’accélérer la reconstruction tout en plaçant les pays bénéficiaires dans une dépendance financière gênante (lourd endettement à cause du dollar gap). Elle est complétée par une intégration régionale en 1951 (CECA). Voir affiche : l’affiche du Parti Communiste français compare le plan Marshall à une pieuvre (dollars dans les yeux et corps américain) qui se prépare à étouffer la France, c’est-à-dire à la coloniser = le communisme devient nationaliste.

         carte système allliances des EU et sratégie de l'endiguementDans le domaine militaire : les Etats-Unis ont appliqué la stratégie de l’endiguement (ou « containment ») en signant des pactes avec leurs alliés (voir carte et doc pp.66-67). Par exemple, les pays d’Europe occidentale ont signé le Pacte atlantique (4 avril 1949) qui permet la naissance de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). Cette organisation, dont le quartier général était à Fontainebleau, était chargée de coordonner les systèmes de défense des pays membres sous commandement unifié américain (avec présence de bases militaires américaines en Europe). Par contre, l’intégration régionale échoue dans le domaine militaire (CED). Autre exemple, l’OTASE en Asie du Sud-est. Dans le domaine politique : les Etats-Unis ont fait pression sur leurs alliés pour éliminer les communistes de la vie politique (exclusion des ministres communistes du gouvernement français en 1947), ont encouragé les ententes régionales de pays du « monde libre » hostiles au communisme (Conseil de l’Europe en 1949), ont pratiqué la « chasse aux sorcières » menée de 1950 à 1953 par le sénateur McCarthy (élimination des personnes suspectées de sympathies communistes comme Charlie Chaplin ou Arnold Toynbee, expulsés, ou comme les époux Rosenberg, deux scientifiques condamnés à mort pour espionnage et exécutés).

         2 crises majeures durant cette période de 1947 à 1962 auxquelles ont été confrontés les EU:

Le blocus de Berlin (1948-1949) est le premier signe d’une tension entre les deux blocs. Staline ordonne le blocus (fermeture de toutes les frontières) de Berlin-ouest, mais la ville est sauvée par les américains (ponts aériens). C’est un échec pour l’URSS, une réussite diplomatique pour les Etats-Unis, qui se présentent en protecteurs du peuple allemand.

        mur de BerlinBerlin est devenue un enjeu entre les blocs et subit les conséquences du blocus et de son échec, l’Allemagne est divisée en deux Etats (RFA et RDA, 1949). Berlin-Est devient la capitale de la RDA communiste, tandis que Berlin-ouest est rattachée à la RFA capitaliste. De ce fait, on voit les modes de vie des Berlinois se transformer de façon très différente à l’Est et à l’Ouest. K. Adenauer, chancelier de RFA, souhaite la participation de la RFA à la construction européenne (1949-1963). Privés de liberté, les habitants des pays d’Europe centrale et orientale tentèrent d’émigrer vers l’Ouest. Le mouvement fut particulièrement important à partir de la RDA, pourtant le pays possédant le meilleur niveau de vie. Pour empêcher ce qui pouvait devenir une hémorragie, les dirigeants imposèrent des tracasseries administratives considérables pour le moindre déplacement (passeports difficiles à obtenir, obligation d’annoncer tous ses déplacements et les sommes à dépenser, taxes pesantes). Devant l’ampleur du phénomène d’émigration (plus de 200.000 départs en 1961), Khrouchtchev fit construire par les soldats de la RDA le mur de Berlin (nuit du 12 au 13 août 1961). organisation du mur de BerlinUn no man’s land était mis en place de part et d’autre du mur, coupant artificiellement la ville en deux parties distinctes (sans possibilité de passage d’un territoire à l’autre). Mais deux jours plus tard, un garde Konrad Schumann passait à l’ouest : le mur de Berlin n’était-il pas un signe de faiblesse du système, qui devait conduire à la remise en cause de la présence soviétique en Europe de l’Est ?

[1] Droit de veto : droit de s’opposer à une décision d’un organe du pouvoir.

[2] FMI : Fonds monétaire international, organisation internationale chargée d’assurer la stabilité des monnaies.

[3] BIRD : Banque internationale pour la reconstruction et le développement, chargée du financement des crédits aux Etats ayant fait la demande d’une aide à la reconstruction.

           Kennedy et Robert Mac Namara oct 1962Et la crise de Cuba : A Cuba, la plus grande des Caraïbes, venait d’être le théâtre d’une révolution qui avait porté au pouvoir de jeunes intellectuels (Fidel Castro et Che Guevara 1959). Les Etats-Unis ayant refusé de reconnaître le nouveau régime (affaire de la baie des Cochons, 15 avril 1961), Castro se tourna vers l’URSS qui promit de l’aide en échange de la mise en place d’un régime communiste à Cuba et de l’installation de missiles nucléaires tournés vers les Etats-Unis. Mais le président américain, que son homologue soviétique sous-estimait (un jeune homme d’apparence fragile), a adopté une nouvelle stratégie face aux menaces soviétiques. Le 22 octobre 1962 il révèle au monde (allocution télévisée) des documents montrant les rampes de lancement de missiles déjà installées à Cuba (les missiles se trouvaient sur des navires soviétiques se dirigeant vers l’île). Kennedy annonça un blocus sur Cuba et affirma qu’il était prêt à utiliser la bombe atomique si les navires soviétiques atteignaient l’île. La stratégie de l’endiguement était donc remplacée par celle du refoulement (« roll back » en américain) selon les principes du conseiller présidentiel Dulles, qui recommandait des représailles massives.

         C’est au cours du discours télévisé du 22/10/62, que JFK s’adressant à la nation américaine prononça cette phrase célèbre : l’Amérique est « au bord du gouffre » en montrant des bases de missiles balistiques soviétiques à Cuba, et menaçant l’URSS de représailles atomiques (22/10/1962). Robert McNamara, conseiller de Kennedy, préconisait une riposte graduée si les intérêts des Etats-Unis étaient menacés. Après 8 jours de tension extrême, durant lesquels s’est joué l’avenir du monde, N. Khrouchtchev annonça le 28 octobre 1962 qu’il acceptait le démantèlement des rampes de lancement des missiles en échange de la promesse américaine de ne pas envahir Cuba (qui devenait une « démocratie populaire »). La crise de Cuba est le point culminant d’une période de psychose et de surenchère, marquée par des faits d’ordre culturel (films de science-fiction ou d’espionnage). Le dénouement de cette crise a permis la prise de conscience tardive des dangers du nucléaire et marque donc une inflexion dans les relations entre les deux « Grands ».

II – LE LEADERSHIP DES ETATS-UNIS CONTESTE PUIS RESTAURE, 1962/63 A 1990/91 

 Deux sous-périodes : le temps du doute et de la faiblesse (1962/63 à 1979/81) puis le temps du redressement (1979/81 à 1991).

 1 – Le leadership des Etats-Unis remis en question, 1962/63 à 1978/79 :

         johnson-kennedyLes Etats-Unis doutent de leur puissance au temps de la détente. La crise de Cuba a permis la mise en place d’un téléphone rouge entre Washington et Moscou, permettant un condominium américano-soviétique, tandis que les essais nucléaires dans l’atmosphère sont interdits (1963). En 1969, L. Brejnev (dirigeant soviétique) et R. Nixon (président des Etats-Unis) ouvrent les SALT (conversations destinées à limiter la course aux armements) et signent les accords S.A.L.T. I (1972) qui limitent les armements stratégiques aux quantités existant au moment de l’accord (détente militaire). Le traité de Moscou, ou traité ABM, impose aux deux Grands de renoncer à se protéger contre les missiles nucléaires, ce qui en fait une arme de dissuasion. Un accord fait des deux Grands des partenaires privilégiés (1972) : les deux pays organisent la vente de céréales américaines à l’U.R.S.S. (détente économique). Chacun des deux Grands reconnaît la sphère d’influence de son adversaire (Nixon laisse se dérouler la « normalisation » en Tchécoslovaquie, Brejnev laisse les Etats-Unis organiser un coup d’Etat au Chili en 1973 (Pinochet). Les deux Grands restent cependant des concurrents et s’engagent dans la fabrication d’armes atomiques en accumulant des missiles I.C.B.M. (missiles intercontinentaux ayant plus de 10.000 km de portée), en lançant des S.L.B.M. (missiles installés sur des sous-marins à propulsion nucléaire, indétectables au sonar). Etats-Unis et U.R.S.S. consacrent des budgets de plus en plus importants (15 à 25 % du P.N.B.) à un armement dont l’utilisation serait fatale (une guerre nucléaire aurait fait un milliard de morts selon plusieurs experts). Caricature Ranan Lurie Newsweek 1970C’est l’escalade nucléaire dénoncée par le dessinateur israélien Ranan LURIE dans une caricature parue dans Newsweek en 1972.

              carte guerre du VietnamMais les Etats-Unis, engagés dans la guerre du Viêt-Nam contre les maquis communistes (1964-1973), sont discrédités par un conflit d’enlisement très médiatisé. Kennedy avait envoyé des commandos pour soutenir le Sud Vietnam capitaliste en guerre contre le Nord Vietnam communiste, dirigé par Ho Chi Minh qui s’efforça de réunifier les deux pays en apportant un soutien aux maquisards sud-vietnamiens au sud du 17e parallèle. Vivres et matériels sont acheminés vers les troupes du « Viêt-Cong » (maquis communistes du sud) par la piste Ho Chi Minh.

            Johnson, successeur de Kennedy, prend le risque d’un engagement massif en 1964 en application de la théorie des dominos, et son successeur Nixon décide d’envahir le Cambodge et le Laos en 1969 pour couper la piste Hô Chi Minh (neutres). L’engagement américain devient massif au Vietnam (1964-1973) : on passe de 184.300 soldats américains au Vietnam (12/1965) à 385.300 soldats américains au Vietnam en 1966 ; plus de 500.000 tonnes de bombes sur le Nord Vietnam et 200.000 tonnes de bombes sur la piste Hô Chi Minh (02/1965-04/1968). Mais l’enlisement des troupes américaines au Vietnam oblige un engagement maximal des troupes américaines au Vietnam : 540.000 soldats (1967-1969). L’armée américaine, qui se heurte à une guérilla insaisissable, tente de briser la résistance des maquis en utilisant des armes chimiques (défoliants), des bombes au napalm ou à fragmentation, en déportant les populations civiles, en procédant à des exécutions sommaires dont les civils sont les principales victimes. enfant fuyant le village de Trang Bang bombardé au napalmOffensive du Têt menée par l’armée nord-vietnamienne et le Viêt-Cong sur les villes du Sud-Vietnam. Massacre de la population du village de My Lai par l’armée américaine : 300 à 500 morts (16/03/1968). Violents bombardements américains sur Hanoï et Haiphong : 400.000 tonnes de bombes américaines déversées sur le Nord-Vietnam (03/1972). Les enfants de Trang Bang, village bombardé au napalm, dont Kim Phuc (9a), sont photographiés par Nick Ut (08/06/1972).

           Ce conflit démoralise les soldats (usage de la drogue), coûte cher aux contribuables américains (c’est une des causes de l’inflation de billets verts en circulation dans le monde qui dépassent le double de l’encaisse métallique dans les années 1960, ce qui conduit à l’abandon du système de BRETTON WOODS en 1971), engendre un puissant mouvement pacifiste aux Etats-Unis. Discours de Martin Luther King à New York contre la guerre du Vietnam (04/04/1967). Manifestation d’un million de personnes contre la guerre du Vietnam à Washington en présence de Jane Rose KASMIR, 17a, photographiée par Marc RIBOUT (21/10/1967). Nixon, élu président en 1968, engage les négociations de paix (Henri Kissinger) qui aboutissent aux accords de Paris (1973) : retrait unilatéral des troupes américaines (défaite la première puissance mondiale).

La contestation s’étend sur le continent américain avec Che Guevara qui s’efforce de créer de nouveaux Cuba avant d’être exécuté en Bolivie (1967), mais aussi avec Salvador Allende élu président socialiste au Chili (1970 à 1973). En Europe, les Etats-Unis se heurtent à l’hostilité de la France (le général De Gaulle, au pouvoir depuis 1958, ordonne le retrait de la France du commandement unifié de l’O.T.A.N. en 1966 : les bases militaires américaines sont démontées, l’état-major déplacé à Bruxelles).

2 – Le leadership des Etats-Unis restauré, 1978/79 à 1990/91 :

      Le redressement américain intervient dans le cadre de la « guerre fraîche », nouvelle période de tensions, 1978/79 à 1991 :

  • les présidents des Etats-Unis J. Carter puis R. Reagan et G. Bush père réagissent à l’expansion soviétique (Afghanistan 1973, Vietnam réunifié 1975, Laos et Cambodge 1975, Angola et Mozambique 1975, Somalie 1974, l’Ethiopie 1977, le Nicaragua 1979 deviennent des pays communistes),
  • en s’imposant au Moyen-Orient (signature des accords de Camp David entre l’Egypte et Israël en 1978, faisant des deux Etats les alliés privilégiés des Etats-Unis : Carter, Sadate assassiné par des fanatiques musulmans en 1981, Begin) et
  • en relançant l’escalade nucléaire (Carter ne ratifie pas les accords SALT II de 1979). Le président Reagan élu en 1980 et 1984 obtient une importante rallonge budgétaire permettant d’installer en Europe des missiles à moyenne portée Pershing 2 face aux missiles soviétiques SS 20 (crise des Euromissiles en 1983, et de lancer le projet IDS, « initiative de défense stratégique », pour la création d’un « parapluie nucléaire » protégeant les Etats-Unis qui rompt le traité ABM. Les Etats-Unis boycottent les JO de Moscou (1980) et apportent leur soutien aux dissidents soviétiques (A. Soljenitsyne, A. Sakharov). accords de Washington 1987M. Gorbatchev (dernier dirigeant soviétique élu en 1985, conscient de l’incapacité de son pays à poursuivre l’escalade nucléaire, propose aux Etats-Unis le désarmement général (traité de Washington signé en 1987 par Gorbatchev et Reagan : destruction des F.N.I. forces nucléaires intermédiaires d’une portée de 500 à 5000 km, installées en Europe : Pershing 1 et 2, SS 20, complété par l’accord START de 1991 : réduction de 30% de toutes les armes stratégiques, et l’accord CFE : réduction de toutes les forces conventionnelles en Europe) et accepte le dialogue entre les deux blocs (seconde CSCE en 1990 à Paris).  Chute du mur de BerlinChute du mur de Berlin (09/11/1989). RDA dans la CEE (04/1990). La réunification allemande (3 octobre 1990) et l’effondrement des régimes communistes en Europe entraînent la dissolution du bloc soviétique (CAEM dissout le 28 juin 1991, Pacte de Varsovie le 1er juillet 1991). Gorbatchev se voit contraint d’annoncer la dissolution de l’U.R.S.S. (25 décembre 1991).

III – LES ETATS-UNIS « GENDARMES DU MONDE » ?, 1990/91 A NOS JOURS : 1 heure

1 – Les années de l’hyperpuissance des Etats-Unis, 1991 à 2001 :

         EU et puissance maritimeLes Etats-Unis, « gendarmes du monde » ? Entre 1990/91 et 2001 les Etats-Unis affirment leur présence mondiale dans tous les domaines (économique, militaire, diplomatique, culturel) et à toutes les échelles, et font donc figure de superpuissance sans équivalent dans le monde (hyperpuissance selon H. Védrines, ancien ministre français des affaires étrangères), ce qui conduit la population à croire en une destinée manifeste (mission de civiliser le monde) qui entretient l’orgueil national et parfois le mépris à l’égard du reste du monde. Cette superpuissance (présidents G. Bush père 1989-93, B. Clinton 1993-2001) s’attribue un droit d’ingérence (droit d’intervention dans les affaires intérieures des Etats), ce qui permet de jouer le rôle de « gendarme du monde » par l’intermédiaire de l’O.T.A.N. carte tempête du désert 1991(libération du Koweït en 1991 lors de la guerre du golfe dans le cadre de l’opération « tempête du désert », intervention en Serbie en 1995 puis au Kosovo en 1999. Les objectifs des Etats-Unis sont très ambitieux dans cette période, la diplomatie américaine pratiquant l’enlargment ou doctrine Clinton visant à promouvoir l’économie de marché, la démocratie politique et le respect des Droits de l’Homme partout dans le monde. Le politologue Francis FUKUYAMA pouvait ainsi prédire la « fin de l’Histoire ».

2 – Les années de déstabilisation de la puissance américaine, 2001 à nos jours :

         Les Etats-Unis en guerre contre le « terrorisme international » : une nouvelle forme de conflit est née en  2001: celle du terrorisme international (attentats de New York et Washington le 11 septembre 2001, de Madrid en 2004, de Londres en 2005). Une série d’attentats meurtriers : le 11 septembre 2001, quatre avions de lignes étaient détournés aux Etats-Unis. Deux s’écrasent sur les tours jumelles du World Trade Center de NYC, un autre atteint le Pentagone à Washington, le quatrième semble ne pas avoir atteint son objectif et s’écrase loin de toute grande ville. Le président G. Bush junior a choisi de répliquer aux attentats terroristes par une politique d’intervention directe au Moyen-Orient (intervention en Afghanistan d’abord seuls puis dans le cadre de l’OTAN, octobre à décembre 2001). L’offensive des troupes américaines en Irak (mars et avril 2003), sous le prétexte d’utilisation par Saddam HUSSEIN d’ADM (armes de destruction massive) marque une nouvelle étape dans l’histoire des relations internationales. Face au multilatéralisme (prise de décision par la communauté internationale sous l’égide de l’ONU, position française), les Etats-Unis ont pratiqué l’unilatéralisme (prise de décision par une puissance dont la sécurité est menacée, sans attendre un consensus international).

         Mais, dans le domaine stratégique, les troupes américaines doivent s’adapter au principe de la guerre asymétrique opposant une puissance dotée d’une armée conventionnelle et de l’autre des mouvements de guérilla ou des groupes terroristes, en raison de l’émergence de l’islamisme et de l’essor du « terrorisme international ».   Pendant neuf ans les troupes américaines et celles de leurs alliés se sont enlisées dans les conflits afghan et irakien, qualifiés parfois de nouveaux Vietnam, et le président B. Obama, élu en 2008 et 2012, s’est engagé à retirer progressivement les troupes américaines de ces deux pays, tout en revenant à une politique de multilatéralisme conforme au droit international dès 2011. Pour la seule année 2010 les alliés ont perdu environ 700 soldats en Afghanistan (dont 500 soldats américains). Après l’exécution d’O. Ben Laden au Pakistan, le 14 mars 2011, le retrait des troupes d’Afghanistan a pu être organisé entre 2011 et 2013.

3 – Les éléments de la superpuissance des Etats-Unis :

   Superpuissance : puissance au rayonnement planétaire par ses capacités humaines, économiques et militaires et par son aptitude à diffuser un modèle socioculturel. Le politologue américain Joseph NYE (doyen de l’université de Harvard) distingue le hard power, « puissance dure » (qui comprend les éléments objectifs de la puissance tels que le rayonnement financier, commercial, militaire) et le soft power, « puissance douce » (influence culturelle sur le monde, capacité à persuader le monde du caractère universel du mode de vie américain). Il pense que seuls les Etats-Unis possèdent les deux pouvoirs. Document 2 : publicité Coca Cola à Brno en République tchèque en 1998 montrant la pénétration des FTN nord-américaines et l’influence des modes de consommation nord-américains dans les pays de l’ancien bloc soviétique après la disparition de l’URSS en décembre 1991 (soft power). Wall Street, la bourse de New York, rassemble 40 à 50% de la capitalisation boursière mondiale (comprend le NYSE associé à Euronext, et le NASDAQ ou second marché accueillant des entreprises innovantes), mais on oublie trop souvent la bourse de Chicago (1e bourse du monde pour les matières premières et les céréales). La puissance militaire des Etats-Unis est sans équivalent dans le monde : le Pentagone (État-major installé à Washington) dispose d’une armée d’un million et demi d’hommes, de la première flotte de guerre du monde, et de la plus importante force de frappe nucléaire.

        Les entreprises étatsuniennes ont été les premières à comprendre le pouvoir considérable de l’entertainment, littéralement « divertissement » (production culturelle de masse). Le rayonnement des Etats-Unis dans tous ces domaines entraîne également une forte attractivité sur les populations du monde : les Etats-Unis sont le premier pays d’accueil du monde (700.000 entrées légales par an), en particulier grâce au Brain Drain (entrées de scientifiques, écrivains ou artistes à la recherche du visa temporaire de séjour H1B, ce qui permet aux Etats-Unis d’avoir 56% des prix Nobel et le plus grand centre de recherche du monde le MIT près de Boston). Il y avait en 2010 environ 40M d’immigrés aux Etats-Unis soit 13% de la population totale (chiffre en hausse depuis la fin des quotas en 1965). Mais le soft power américain passe surtout par la technologie depuis la création du premier ordinateur ENIAC en 1946, le disque dur IBM en 1956, le réseau ARPANET en 1969, la mise en place du WWW ou réseau Internet en 1991.

     le monde vue des EUA l’échelle continentale les Etats-Unis ont formé une zone de libre-échange avec le Canada et le Mexique, qui font l’essentiel de leur commerce extérieur avec leur voisin étatsunien (ALENA), mais ils ne sont pas parvenus à mettre en place la ZLEA (zone de libre-échange des Amériques, refusée par le Mercosur). Les Etats-Unis considèrent le continent américain comme leur « chasse gardée », mais de nombreux gouvernements d’Amérique latine sont ouvertement hostiles au rayonnement des Etats-Unis (Brésil, Argentine, Bolivie, Venezuela, Daniel Ortega au Nicaragua, Cuba). D’autre part la puissance des Etats-Unis a été ébranlée par la crise des subprimes de 2008, qui a augmenté la dépendance financière des Etats-Unis à l’égard des fonds souverains. D’autre part, la montée en puissance de la Chine, commerciale, technologique et militaire, inquiète les Etats-Unis. Mais la Chine est encore trop dépendante des IDE venus de l’étranger pour exercer une domination équivalente à celle des Etats-Unis, notamment en matière de soft power

Pour conclure :

    Ainsi, les Etats-Unis affirment leur présence mondiale par leur poids, par leur rayonnement dans tous les domaines (économique, militaire, diplomatique, culturel) et à toutes les échelles, et font donc figure de superpuissance mais pas d’hyperpuissance car la Chine a aujourd’hui l’ambition de rivaliser avec les Etats-Unis dans tous les domaines. Aussi la croyance en une destinée manifeste (mission de civiliser le monde) qui entretient l’orgueil national et parfois le mépris à l’égard du reste du monde, est-elle en voie d’abandon par une nation qui doute de sa place dans le monde. Après l’élection du républicain Donald Trump en novembre 2016, les Etats-Unis semblent vouloir abandonner cette fonction de modèle universel au profit d’une politique d’égoïsme nationaliste qui s’explique par les inégalités sociales creusées par la politique des prédécesseurs du président et par la crise de 2008-2009. Cependant, le président Trump semble encore hésitant et peu pressé d’adopter une politique isolationniste face à l’ampleur du mouvement islamiste dans le monde, la montée en puissance de la Chine ou les provocations de la Corée du Nord. Peu après son entrée en fonction, le président Trump a tout de même signé le lundi 23 janvier 2017 une ordonnance retirant les Etats-Unis du TPP, une vaste zone de libre-échange dont la création avait été décidée le 5 octobre 2015 par les trois pays de l’ALENA (zone de libre-échange réunissant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique que Donald Trump veut renégocier), et 9 autres Etats riverains de l’Océan Pacifique (Pérou, Chili, Japon, Australie et Nouvelle-Zélande, Vietnam, Brunei, Singapour, Malaisie). Cette organisation aurait pesé 800Mh et 40% des échanges internationaux, dans le but de rivaliser avec la puissance chinoise. De même, les Etats-Unis se sont retirés de la COP21 (06/2017) et de l’UNESCO (12/2017).

 

A voir un résumé de la leçon proposé par un collègue sous la forme de mapmapping, (une carte heuristique).

Diaporama de la leçon:

A propos pampi06

Professeur histoire géographie en lycée
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