Film documentaire sur « les peuples de l’eau » en Patagonie, une autre lecture géoenvironnementale

Un film documentaire va bientôt sortir sur les écrans, « Le Bouton de nacre » qui célèbre la mémoire de l’eau, un film documentaire réalisé à partir d’une histoire vraie, celle de Jeremy Button vivant dans la 1 ère moitié du XIX éme siècle, un indien des îles de Patagonie,  qui fut embarqué dans un navire anglais en échange d’un bouton de nacre… A lire et à regarder l’extrait car une histoire qui pose à la fois à travers le thème de l’eau et de la nature dite « sauvage » des questions sur la préservation des ressources (eau, forêts, terres agricoles) , sur les rapports de l’homme et de son environnement et sur les sociétés humaines.

Article de Sylvie Rouat pour Sciences et  Avenir, publié le 29-10-2015 à 11h50.

« Le Bouton de nacre du Chilien Patricio Guzman est un film poétique et émouvant, qui retrace notamment le destin tragique des peuples de l’eau du sud de la Patagonie décimés par les colons.

Le bouton de nacre image de

Le bouton de nacre image de Patricio Guzman

ARCHIPEL. Au nord du Chili, sur les hauts plateaux du désert de l’Atacama, les grands observatoires astronomiques détectent de l’eau partout dans l’Univers. Au sud, la Patagonie unit terre et mer en un immense archipel sauvage, le plus vaste du monde, jadis peuplé par les « peuples de l’eau ». Les autochtones des tribus Haush, Kaweskar et Selknam ont été des navigateurs exceptionnels qui, sur leurs frêles canoës, domptaient ces mers houleuses et imprévisibles. L’eau est précisément le fil directeur du dernier opus de Patricio Guzman, documentariste chilien de renommée internationale. L’eau et la science, l’eau et la nature, l’eau et les humains, l’eau et l’histoire, l’eau et l’insupportable cruauté humaine : tels pourraient être les chapitres du Bouton de nacre, magnifique film dont le scénario remarquablement tricoté nous mène de la goutte d’eau primordiale aux disparus de la dictature de Pinochet, engloutis  Patricio Guzman)

Pourquoi ce titre énigmatique ? Parce qu’en 1830 un « sauvage » des peuples de l’eau, Jemmy Button, accepta d’embarquer à bord d’un navire anglais en échange d’un bouton de nacre. Après s’être conformé aux règles de la société britannique, il est revenu quelques années plus tard sur ses îles de Patagonie. Mais le charme était rompu et il ne retrouva plus jamais le fil de son destin. L’histoire de Jemmy Button est emblématique du destin de ces peuples de l’eau qui ont cruellement péri sous les balles des colons. Il ne reste aujourd’hui que vingt descendants directs des 8000 autochtones vivant en harmonie avec la nature au XIXesiècle. Un massacre documenté avec une précision insoutenable par Patricio Guzman. Le deuxième bouton de nacre est lié à la dictature de Pinochet, qui fit jeter dans les eaux du Pacifique — si mal nommé — les corps torturés des opposants au régime. Il est difficile d’en dire plus sans déflorer la fin de ce documentaire.

Le Bouton de nacre est un film sensible à l’extrême, poétique et envoûtant dans la première partie, poignant et révoltant dans la seconde. Le plus étonnant est la capacité de Patricio Guzman de tenir la distance avec ce mince fil directeur — l’eau — qui tisse entre eux autant de thèmes différents que l’astronomie, l’ethnologie, l’histoire et l’inhumanité. »

Le Bouton de nacre, de Patricio Guzman, documentaire franco-hispano-chilien, 1 h 22, sortie le 28 octobre 2015.

A propos pampi06

Professeur histoire géographie en lycée
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